Lettres = chômage ? #1 – Ecriture scénaristique

Dans l’imaginaire collectif, les métiers ouverts aux personnes sortant d’études littéraires sont réduites à prof, prof et prof. Avec des variantes quand même, tu peux choisir entre le primaire, le secondaire ou les études supérieures, c’est pas mal déjà !

        Mais détrompez-vous. Car de nombreuses portes s’ouvrent aux gens de lettres. On peut distinguer plusieurs groupes de métiers: d’une part, comme je le disais, on trouve les métiers de l’enseignement – mais ils sont évidemment loin d’être réservés aux littéraires, car des professeurs, je tiens à vous rappeler qu’il y en a pour tous les genres et pour tous les goûts (jusque là c’est logique, je doute que vous apprécierez qu’un enseignant avec une formation théâtrale vous explique la théories des cordes).

        De l’autre, on trouve les métiers du livre. On en distingue d’ailleurs plusieurs catégories: on a les métiers de l’édition, comprenant toutes les activités de production et de création des livres (les éditeurs, les relecteurs, les directeurs de collections, les imprimeurs, les relieurs…), mais on y trouve aussi tous ceux qui s’occupent de la diffusion, qui permettent aux livres de sortir de l’entrepôt et de se retrouver dans votre bibliothèque. Quel genre d’études pensez-vous que votre libraire préféré a-t-il fait ? Possiblement de l’économie ou du commerce, mais plus probablement des lettres. Vous pensez que c’est tout ? Mais non, il est aussi possible de faire de la recherche ou de la documentation (oui, bibliothécaire, mais on est pas obligés de porter des petits pulls Damart pour ça).

        Mais ce qui nous intéresse ici, ce n’est rien de tout ça. Il reste une catégorie qu’on n’a pas abordée, un corps de métier où il n’est pas obligatoire d’avoir étudié les belles lettres mais où cela peut s’avérer être un atout : les métiers de l’écriture. C’est à ces derniers que ma petite personne se destine. Ils sont nombreux et variés, mais, de mon côté, je m’intéresse plus particulièrement à l’écriture destinée à l’internet ou la télévision. C’est donc pour cela qu’en apprenant qu’un atelier « Comment écrire sa web-série ? » était organisé dans notre petite bourgade, j’ai sauté sur l’occasion, accompagnée de deux copines renardes. Et quand j’ai su qu’en plus, il était dirigé par deux créateurs de productions internet que j’admire énormément, à savoir Raphaël Descraques et Slimane-Baptiste Berhoun, comment vous dire que là, il était hors de question de le rater.


L’instant fangirl
Afin de pouvoir poursuivre cet article sans être interrompue, je me permet de faire ma petite crise de fangirlisme ici, ainsi, votre lecture ne sera pas entrecoupée de cris de petite fille en émoi, puisque je vais tous les extérioriser ici :
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH

fangirl


 

Reprenons :

        L’atelier s’est déroulé de manière très conviviale, sous la forme d’un échange questions/réponses avec les deux auteurs-réalisateurs, en présence de Ségolène Zaug, employée de Studio 4 (plateforme de diffusion de productions internet de France Télévision). Toutes les étapes furent abordées, de l’écriture à la diffusion en passant par la production. Mais c’est principalement sur la première étape que je vais m’attarder ici.

Sans titre-1        Une de mes premières questions portait sur les limites qu’on peut s’imposer dans l’écriture d’un programme destiné à une diffusion sur internet. On entend souvent dire que, contrairement à la télévision, on est plus libres sur internet de parler et de montrer tout ce dont on a envie… ce qui est à la fois vrai et faux. En effet, dans une production auto-financée, personne n’est là pour te mettre des barrières. La seule limite c’est les étoiles. Enfin pas exactement… La limite, c’est tes moyens. Autant financiers que techniques. Les exemples que Slimane et Raphaël ont utilisés à plusieurs reprises sont ceux de l’hélicoptère et du dragon. Libre à toi d’écrire une scène où ton héros fuit un immeuble en feu en sautant dans un hélicoptère en marche. Seulement voilà, tu ne vas pas mettre le feu à un bâtiment, tu n’as pas les moyens de louer un hélico et le pilote qui va avec, ni même un cascadeur pour effectuer l’action. Et pour le rajouter en postproduction, bonne chance. Il existe tout de même des parades si tu tiens absolument à ta machine à hélices (j’ai déjà écrit trop de fois hélicoptère dans ce paragraphe, je cherche des parades, il n’existe pas beaucoup de synonymes de ce mot) : tu peux le suggérer par le son, ou comme me le glissait Viny à l’oreille, utiliser des images d’archives. Mais tout cela reste quand même ambitieux.

        Les limites, tu peux aussi te les imposer toimême, selon ce que tu as envie de montrer ou non, les idéaux que tu veux défendre, les choses que tu veux condamner… Par exemple, Raph nous a expliqué qu’il a désormais décidé d’arrêter de mettre en scène des gens qui fument sans raison, sans que cela ne soit justifié dans le scénario, car il ne désire pas envoyer le message que fumer c’est cool parce que Raphaël Descraques le montre dans ses vidéos.


Petite anecdote :
        La journée s’est terminée par une projection de la dernière websérie créée par Slimane-Baptiste Berhoun, Le secret des Balls, suivie de questions du public. Lorsque le sujet de l’idéologie et des messages qu’ils souhaitent faire passer a été abordé, un homme a questionné Raphaël au sujet du running gag sur la masturbation relatif à Ralph, son personnage dans la série. Le jeune frère Descraques à répondu avec brio à cette question qui se voulait piège en se lançant dans un éloge de la masturbation, expliquant qu’il fallait arrêter les tabous autour de cette dernière, qu’elle soit masculine ou féminine. En ce qui concerne les plaisirs personnels féminins, il a exprimé son désir de les voir désacralisés autant à l’image que dans les mœurs. L’homme qui a posé la question a dû se sentir bien embêté face à une réponse aussi passionnée de Raph, et mes camarades renardes et moi-même avons dû nous retenir de lui faire une standing ovation.

 

Capture d'écran 2016-04-12 10.25        Une autre question qui fut abordée concerne les références faites à d’autres œuvres. Certains internautes voient le mal partout, ils adorent chercher la petite bête. Et le moindre rapprochement avec une œuvre existante est considéré comme du plagiat. Alors bien sûr, c’est parfois le cas (et c’est dommage), mais souvent, il s’agit d’une erreur. Avec autant de monde sur la planète, il est évidemment totalement possible que deux personnes se soient réveillées un matin avec la même idée. Quant aux références, ils nous ont expliqué que pour qu’elles passent bien, il faut les assumer à fond. Dans sa dernière série (ils nous ont tout deux dit qu’ils n’aiment pas spécialement le terme « web-série » devenu péjoratif avec le temps, puisqu’on reproche souvent à ce format d’être moins légitime que celui d’une série télévisée, bien qu’ils comprennent la nécessité d’inventer un mot spécifique), Slimane a glissé plusieurs références à ses anciennes productions, comme des clins d’œil pour ses fans. Quant à Raphaël, il a utilisé l’exemple de sa vidéo Le Règne des enfants, inspirée de la série Spaced et du grand classique Peter Pan. Sa vision, c’est d’assumer à 100% ses inspirations et les mettre en avant pour ne pas qu’on les lui reproche par la suite. Pour Peter, bon, c’est quand même super explicite, mais pour Spaced, il s’est amusé, dans les premières secondes, à glisser sur l’écran de télé une publicité de la série. Ainsi, si un petit malin vient s’amuser à dire « Eh. Eh dis donc. Ça ressemble un peu à ça ton truc. » il peut ainsi leur dire « Ouais je sais, regarde je le dis même explicitement ».

Raph&Slim        Je ne peux évidemment pas vous résumer ici plus de 2h d’échange. Déjà parce que ça serait long, et tout ne concernait pas l’écriture, mais aussi la réalisation, la production, la diffusion, etc… et ce n’est pas le propos de cet article. En plus de quelques conseils et astuces, ce qu’ils nous ont surtout dit, c’est de continuer à écrire, de ne pas se dévaloriser. Qu’il faut continuer à travailler, même si la reconnaissance peine à venir et qu’il ne faut pas forcer les choses, que le progrès vient en travaillant. Et qu’un jour qui sait, peut-être que nous aussi on sera produits par Endemol et diffusés par le Studio 4 (faut bien y croire, range ton air dubitatif et ton sourire moqueur et va partager la page à tous tes copains histoire de nous filer un coup de main).

        Si comme moi, ton plan de carrière rêvé c’est de devenir scénariste, go for it. Il existe des études spécifiques, comme des BTS, ou des licences de cinéma ou d’écriture, qui proposent cette option, ou bien des masters d’écriture scénaristique. Mais comme Slimane et Raphaël nous l’ont dit, ces études ne sont pas une nécessité et il est possible d’atteindre ses objectifs par ses propres moyens, juste avec du travail et des bonnes idées.

        Alors attrape ton stylo, ta caméra et tes copains. Toi aussi tu peux créer ta websérie. Dans notre monde 2.0 tout est possible.

Un grand merci à la Panacée et au festival Tropisme pour cet atelier incroyable. Et surtout merci à Raphaël Descraques pour sa cuteness et à Slimane-Baptise Berhoun pour sa prestance, et à tous les deux pour leur présence, leurs merveilleux conseils et leurs productions.

— Pasto


Illustrations :

Photo de Raphaël Descraques et Slimane-Baptiste Berhoun par @PokilyElliott

Capture d’écran Le Règne des enfants

3 réflexions au sujet de « Lettres = chômage ? #1 – Ecriture scénaristique »

  • Je suis super content de trouver cet article *_*

    J’ai constaté d’expérience que ce que tu défend ici est très vrai.

    J’ai commencé l’écriture de scénario (dans le domaine de la BD) l’an dernier, sans formation littéraire ( mais en me procurant quand même quelques livres clefs : le héros aux milles et un visage, …) et je dois dire que c’est d’une grande complexité. Je rame beaucoup pour écrire quelque chose qui soit utilisable par mon dessinateur.
    Récemment une amie s’est mise à faire pareil. Sauf que elle elle a fait des études littéraires. Et il y a un fossé. Elle produit en quelques semaines ce que je mets plusieurs mois à affiner.
    Bon après c’est peut être une différence de productivité aussi hein. Mais j’ai quand même l’impression que ça dégage des facilités à ce niveau.

    Si vous avez des conseils de bouquin pour apprendre à écrire un scénario de BD je suis preneur. Vous aurez ma reconnaissance éternelle. Parce que j’ai rien trouvé de spécifique.
    Je sais qu’ici c’était plus accès sur le scénario vidéo, mais ça m’a déjà donné quelques pistes.

    Encore merci pour vos articles et au plaisir !

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