3èmeDroite & la Twittérature

     La littérature, c’est comme les pokémons : ça évolue au fil du temps. Pour beaucoup de puristes, tout ce qui est moderne, ce n’est pas de la “vraie” littérature, et si tu oses citer autre chose que du Balzac ou du Shakespeare, tu es brûlé.e vi.f.ve sur la place publique. Seulement, ce serait une erreur de croire que rien n’est beau, rien n’est bien, dès que la date de création dépasse les années 1950. Et encore, je suis généreuse pour certain.e.s. Mais qu’y a-t-il de pire comme hérésie, que d’allier littérature et technologie ? Tout le monde sait que l’informatique, le high-tech, et les réseaux sociaux sont les sbires de Satan ! Non ? Oh, on m’aurait menti ?

     Aujourd’hui, je vais vous parler d’une œuvre de fiction, qui est, n’en déplaise à certain.e.s, une œuvre littéraire. Vous en avez peut-être entendu parler – du moins je l’espère -, François Descraques (si vous ignorez qui c’est, déjà, shame on you, et ensuite, Google est votre ami, parce qu’il a un joli CV) a commencé une fiction hebdomadaire sur Twitter. Bon, des fois, certaines parties mettent plus d’une semaine à sortir, parce que comme vous et moi, il a une vie, mais dans l’idée, elle est régulière. Alors là, j’entends déjà les “oui, mais c’est pas de la littérature si c’est sur Twitter”, ce à quoi je répondrai “J’AI PAS FINI DE PARLER, DONC TU ME COUPES PAS LA PAROLE, OK ?!”.

     Mais de quoi ça cause, déjà ? Le compte dédié s’intitule 3èmeDroite (@3emeDroite pour les intimes) et on suit sur ce dernier les threads(1) d’un jeune homme, qui, désespéré de la vie en raison de sa situation précaire, décide d’emménager dans un appartement situé dans un immeuble glauque, loué par un type encore plus glauque. Une fois dans son nouveau chez lui, il se retrouve confronté à de nombreuses situations plus étranges et intrigantes les unes que les autres. Bien décidé à enquêter sur son propriétaire pour être sûr que ce dernier n’est pas un meurtrier complètement cinglé qui va le découper en morceau pour le transformer en saucisson, il va découvrir beaucoup – trop – de choses sur l’immeuble et ses habitants…

     Le scénario est pas mal, hein ? Bon, en soi, ce n’est pas une surprise quand on connaît le travail de François Descraques, mais c’est toujours sympa de le reconfirmer de temps en temps en découvrant ses nouvelles créations. Les différentes parties sont bien découpées, on a de beaux cliffhangers et qu’on se le dise, l’histoire est super prenante. Qui plus est, le format est assez complexe au niveau de la diffusion, car, le nombre de caractères est limité sur Twitter… donc, chaque message doit être pensé en fonction, pour ne pas se retrouver coupé en plein milieu ou à deux lettres près. Pas aussi simple de penser un récit sur Twitter que sur une page blanche. Cependant, le support est idéal pour une histoire comme celle-ci : le personnage parle à la première personne, et on le suit comme on suivrait une personne réelle lambda. Le récit est donc plus proche de notre réalité, et cela simplement grâce à la façon dont il est présenté. Ingénieux, n’est-il pas ?

     Bien sûr, F. Descraques n’est pas le premier à tenter la littérature via les réseaux sociaux, ou internet en général. Je vous invite d’ailleurs à lire cet article qui parle de la Twittérature. Eh oui, ça existe, et c’est parfois (souvent) mieux que votre exemplaire de Marc Lévy posé sur la table de nuit. La littérature, on l’oublie bien souvent, ce n’est pas un format préétabli auquel on associe des codes et des normes… C’est un ensemble de belles choses, aux aspects divers et variés, aux thématiques infinies, et aux supports propres à chacune. On peut écrire une histoire dense et envoûtante sur Twitter, tout comme on peut écrire quelque chose d’insipide et sans intérêt dans un très beau livre avec une couverture ornée de dorures. Il n’y a pas de “vraie” littérature : ce terme n’est qu’un mot inventé par des prétendus littéraires incapables de sortir de leurs préjugés et de s’ouvrir à l’évolution ainsi qu’à la modernité (déso pas déso).

     Alors vous, petit.e.s renard.e.s qui nous suivez, ne mettez pas d’œillères, lisez de tout, sous toutes les formes, apprenez à enrichir votre culture sans vous préoccuper de ce que les autres peuvent penser. Lisez ce qui vous fait plaisir, ce que vous aimez, que ce soit des grands classiques, des contes nordiques, des bandes dessinées ou des fanfictions diverses et variées trouvées sur internet. Un texte écrit par un.e auteur.e passionné.e, c’est ça, la vraie littérature.

Akïra  

PS: cet article a été rédigé en écriture inclusive parce que YOLO.

Crédits images : @3èmeDroite / François Drescraques

(1) Raccourci tiré de l’anglais et désignant une liste de messages postés les uns à la suite des autres. Utilisé sur Twitter pour poster plusieurs messages sur un même sujet, qui se suivent, et permettent donc au lecteur de ne pas perdre le fil de l’argumentation.

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