Bienvenue à Gwendalavir !

Peut-être connaissez-vous déjà cet auteur tragiquement décédé lors d’un accident de moto le 8 Novembre 2009 ? Écrivain jeunesse qui malgré une absence de succès médiatique a su marquer ses lecteurs. Sa mort les laisse frustrés puisqu’il venait d’entamer l’écriture d’une toute nouvelle saga censée relier tous ses mondes entre eux. Je veux bien entendu parler de Pierre Bottero dont je vais vous présenter chacune des trilogies se déroulant dans l’univers de Gwendalavir.

Avant toute chose je vais préciser le titre de chacune des trilogies ainsi que des tomes les constituant :

La Quête d’Ewilan

Les Mondes d’Ewilan

Le Pacte des Marchombres

Tome 1 – D’un Monde à l’Autre

Tome 2 – Les Frontières de Glace

Tome 3 – L’Île du Destin

Tome 1 – La forêt des Captifs

Tome 2 – L’Oeil d’Otolep

Tome 3 – Les Tentacules du Mal

Tome 1 – Ellana

Tome 2 – Ellana, l’Envol

Tome 3 – Ellana, la Prophétie


Commençons avec La Quête d’Ewilan.

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Publiée en 2003, cette trilogie n’est pas, comme on pourrait le croire de prime abord une banale reprise d’un thème déjà présent à travers le genre de la fantasy. Certes l’auteur réutilise les ingrédients du genre, mais en leur apportant une touche personnelle. On retrouve ainsi une jeune fille qui vit dans notre monde mais qui se sent en décalage avec celui-ci, caractérisée notamment par une intelligence précoce : elle parle non seulement couramment le latin (qu’elle a appris parce qu’elle s’ennuyait), mais elle maîtrise également les mathématiques mieux que son professeur et a une mémoire phénoménale, tout en étant capable d’ingurgiter énormément de connaissances. Mais un beau jour, sa vie bascule :


« Quand Camille vit le poids lourd qui fonçait droit sur elle, elle se figea au milieu de la chaussée. Son irrépressible curiosité l’empêcha de fermer les yeux et elle n’eut pas le temps de crier… Non, elle se retrouva couchée à plat ventre dans une forêt inconnue plantée d’arbres immenses.

-Te voici donc, Ewilan. Nous t’avons longtemps cherchée, mes frères et moi, afin d’achever ce qui avait été commencé, mais tu étais introuvable… »


Comme on peut le voir avec ce court extrait D’un Monde à l’Autre, le premier tome, notre jeune héroïne se transporte accidentellement dans un univers, Gwendalavir, dont elle ignorait l’existence mais où une race de créatures malfaisantes, les Ts’liches semblent la connaître sous le nom d’Ewilan.

Accompagnée de son meilleur ami Salim elle retournera dans ce monde dont elle apprendra qu’elle est originaire. Elle est en effet la fille de deux puissants dessinateurs (l’équivalent des magiciens chez Bottero), dont elle a hérité les pouvoirs extraordinaires. Mais ceux-ci ont disparu avec les autres Sentinelles (dessinateurs chargés de la sécurité de l’Empire) qui représentent un élément clé contre les Ts’liches. Ceux-ci veulent retourner aux âges obscurs où les humains ne représentaient rien d’autre que des esclaves ou une source de nourriture. Cependant la guerre fait toujours rage et Ewilan semble être la seule en mesure de remédier à la situation.

Notre jeune héroïne se lance donc à la recherche des Figés (nom donné aux disparus car apparemment censés être prisonniers depuis des années d’un dessin les ayant pétrifiés) et surtout de ses parents. Accompagnée de personnages attachants, sympathiques et drôles, que ce soit Bjorn le chevalier vantard au grand cœur en quête de Ts’liches  à pourfendre comme il le clame haut et fort, Edwin Til Ilan général de la légion noire et des armées de l’empereur, Ellana une marchombre énigmatique et intrigante, Duom N’il Erg un vieil et irascible analyste ainsi que Salim le meilleur ami de Camille, cette dernière s’aventure au coeur de Gwendalavir afin de sauver l’Empire.


Dans la seconde trilogie parue en 2004 Les Mondes d’Ewilan on retrouve la jeune fille aux prises avec Eléa Ril Morienval une Sentinelle renégate assoiffée de pouvoir déjà présente dans la trilogie précédente.05-03-ewilan4

Les deux premiers tomes mettent en scène différents aspects des machinations menées par ce redoutable personnage, mais ils permettent également à l’auteur de déplacer l’intrigue dans le monde réel notamment dans La Forêt des Captifs. Imaginez Edwin qui débarque en caleçon sans son sabre au beau milieu de l’Institution (lieu où est retenue Ewilan), la vision est pour le moins cocasse ! Tout comme Ellana qui loupe le métro !

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Avec L’oeil d’Otolep, on découvre qu’une créature ressemblant à une gigantesque méduse a envahi l’Imagination, dimension où évoluent les dessinateurs en pensée, où ils créent leurs dessins avant de les faire basculer dans la réalité. Elle représente une menace mortelle pour la vie des dessinateurs en les empêchant de réintégrer leur corps. Ewilan, qui est devenue étudiante à l’académie de dessin d’Al-Jeit, la capitale de l’empire, décide d’accompagner l’expédition qui part à la recherche de la précédente équipée, dont ils sont sans nouvelles. Cette dernière était en effet partie en exploration de l’autre côté de la Mer des Brumes pour découvrir s’il existe bel et bien des peuplades de ce côté du monde.

  

 

 

 

 

 

 

 

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Ce n’est qu’avec Les Tentacules du Mal que l’on découvre que cette créature est en réalité une divinité malveillante ayant réussi à s’incarner grâce aux manigances d’Eléa Ril Morienval. La renégate s’ingénie depuis Valingaï, une lointaine cité aux visées hostiles et conquérantes, à concrétiser ses folles ambitions en travers desquelles viendront se mettre Ewilan et ses compagnons lors d’un ultime d’affrontement dans les arènes de la ville.

 Ce tome clôt les aventures d’Ewilan que nous retrouverons dans le tome 3 du Pacte des Marchombres.  


Cette trilogie publiée en 2008 est certainement celle qui m’a le plus plu parmi les trois se situant dans un univers imaginaire, même si j’ai dévoré et redévoré encore chacune de ces trois sagas. Dans cette dernière, Pierre Bottero exploite le personnage d’Ellana dont il retrace l’existence depuis son enfance jusqu’au moment où elle croise le chemin d’Ewilan… Il ne s’arrête cependant pas là puisqu’avec Ellana la Prophétie il reprend ses personnages là où il les avait laissés après leurs péripéties à Valingaï.

Nous découvrons alors comment la jeune femme est devenue une marchombre (une guerrière appartenant à une guilde à la philosophie de vie bien définie), les événements et les personnes qui ont contribué à faire d’elle ce personnage libre, cette combattante farouchement indépendante qu’elle incarne. Les deux premiers volumes dépeignent son apprentissage exigeant auprès du maître marchombre Jilano Alhuïn et on a un aperçu de son enfance chez les petits (des êtres ayant la taille d’enfants)

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Avec cette troisième saga, l’auteur boucle en quelque sorte la boucle puisqu’il situe l’histoire en question bien avant les faits qui rassembleront tous les personnages des deux précédentes trilogies. On pourrait presque parler de préquelle. Mais il complète également leurs aventures en les réunissant de nouveau dans ce que l’on peut considérer comme l’ultime tome de cette gigantesque fresque d’un univers particulier.

Il ne s’agit en rien d’une banale œuvre de fantasy jeunesse ou de fantasy tout court. Pierre Bottero s’empare en effet du motif de la quête et du passage de notre monde à un autre, deux thématiques plus que revisitées. Cependant, il parvient à offrir une œuvre singulière tout à fait passionnante.

Ewilan découvre par accident l’existence d’un monde parallèle en faisant ce que l’auteur nomme un « pas sur le côté ». C’est-à-dire que grâce à un pouvoir qu’elle ignorait posséder, elle parvient à se déplacer en Gwendalavir, changeant ainsi d’univers. La jeune fille apprend du même coup qu’elle est ce que l’on appelle une dessinatrice, : elle a la capacité de faire basculer dans le réel tout ce qu’elle crée dans la dimension de l’Imagination, un endroit où elle peut arpenter les « spires », qui sont comme des chemins où trouver ce qu’elle veut dessiner.

Selon le pouvoir du dessinateur, celui-ci est capable d’atteindre les plus hautes spires et donc de réaliser les dessins les plus complexes, par exemple créer un objet éternel comme le fait Ewilan dans les Frontières de Glace. Mais elle apprend aussi qu’elle est originaire de ce monde. Elle n’est pas une banale adolescente, loin de là. L’auteur prend grand soin de la dépeindre comme un personnage marginal : rejetée par ses parents adoptifs, et étant bien plus mature que ses camarades. Bien que pour ce point un problème de crédibilité puisse être soulevé puisque la description psychologique du personnage mériterait que celle-ci ait au moins deux ans de plus que les treize ans accordés par l’auteur.

Elle a pour seul ami Salim, un autre personnage mis à l’écart au sein de la nombreuse famille dans laquelle il vit. Nous avons donc deux personnages ne trouvant pas leur place dans notre univers, comme s’ils sentaient inconsciemment qu’ils ne sont pas de ce monde. La découverte de Gwendalavir lorsqu’elle s’y transporte la première fois, ainsi que l’éveil de ses talents de dessinatrice agissent comme éléments déclencheurs et la révèlent comme figure de « l’élue ».

En effet, elle se retrouve au centre d’une quête épique pour retrouver les Figés, et plus particulièrement ses parents. Une bande de personnages hauts en couleur se rassemble alors autour d’elle afin de l’aider à accomplir cette tâche pour laquelle elle seule semble en mesure de faire quelque chose grâce à son extraordinaire pouvoir de dessinatrice, bien qu’elle se trouve dans un monde totalement inconnu d’elle et de Salim.

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De plus, la quête héroïque dans la fantasy s’accompagne souvent d’une quête initiatique dans laquelle le personnage évolue au fur et à mesure des épreuves. Cette évolution intérieure est plus perceptible dans Le Pacte des Marchombres, puisqu’il est question de trouver sa voie. Néanmoins, il s’agit aussi pour Ewilan d’un récit d’apprentissage. C’est justement là que se situe l’intérêt d’avoir choisi de donner au personnage un âge si jeune. Il s’agit alors de montrer comment ses expériences et sa découverte du monde de Gwendalavir, vont la forger.

L’auteur se réapproprie donc les codes du genre, offrant ainsi un récit captivant. L’originalité de l’univers dépeint et sa complexité, ainsi que la multitude de paysages, contrées et créatures à la découverte desquels il nous fait voyager assure un dépaysement total. Mais c’est surtout son style d’écriture simple et fluide extrêmement agréable plongeant immédiatement le lecteur dans l’intrigue qui fait la force de ces trois sagas. L’auteur fait la part belle à l’action et il crée une galerie de personnages marquants, qui ne laissent pas indifférents. Intrigants, attachants et émouvants, révoltants ou inquiétants pour certains, hilarants pour d’autres, on ressent avec force leurs sentiments et on n’a aucune peine à s’identifier aux personnages principaux.

L’histoire contée par Pierre Bottero nous saisit dès les premiers mots et on se retrouve incapable de se détacher du livre et de le poser, l’intrigue étant vraiment trop prenante et même plus que ça, passionnante !

En espérant vous avoir donné envie de lire ces romans je vous souhaite de passer d’agréables fêtes de fin d’année.


— Bol-de-Riz

Une réflexion au sujet de « Bienvenue à Gwendalavir ! »

  • Je n’ai pas lieu de connaitre ces 3 trilogies, mais à la lecture de ton article elles semblent captivantes.
    Un peu comme l’histoire d’une jeune vie transportée dans un autre univers, où l’on retrouve malgré tout beaucoup de points communs au notre. Seul compte le besoin de découvrir un monde meilleur, et ça, c’est le pouvoir des livres, leur magie propre. A chaque page, chacun devient un ou une héroïne et donne un espoir aux civilisations présentes ou à venir.
    Merci pour l’écriture de cet article, il ouvre de belles perspectives à l’imaginaire.
    Lili

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