Bridge to Terabithia – Le cinématographe inversé

ATTENTION : Cet article est garanti 100% spoilers !

Souvenez-vous. Nous sommes le 28 mars 2007, et dans les salles françaises sort un film qui va faire pleurer dans les chaumières : Le Secret de Terabithia. Je m’en souviens comme si c’était hier, c’était la première fois que je versais une larme au cinéma, tentant au mieux de le cacher à ma mère.

Cette année, le film fête ses dix ans, et le livre dont il est inspiré Bridge to Terabithia, ses quarante ans. L’occasion pour moi de revenir sur cet ancien traumatisme.

Laissez-moi vous raviver la mémoire. Jess Aarons est un garçon de 11 ans qui vit dans une ferme, aux la campagne aux alentours de Washington. Être le seul garçon d’une famille de cinq enfants n’est jamais évident, surtout lorsqu’on connait des difficultés financières et que les deux aînées sont feignantes et égocentrées et que les deux cadettes sont trop jeunes pour participer aux activités de la maison. Sa seule consolation est sa passion pour le dessin, qu’il doit cependant pratiquer en cachette de ses parents qui jugent cela trop frivole. À l’école non plus la vie n’est pas facile entre les brutes, les jugements et les règles.

Mais tout cela va changer lorsque les Burke, un couple d’écrivains, viennent s’installer dans la ferme voisine avec leur fille Leslie. Si, au début, l’entente entre les deux enfants n’est pas évidente (il faut quand même savoir que Leslie est devenue la personne la plus rapide de l’école en battant Jess à la course, et ça c’est pas cool), le garçon finira par lier d’amitié pour sa jeune voisine. Pour fuir la vie après l’école, ils se fabriquent un monde rien qu’à eux, dont ils ne parleront jamais à personne : le Royaume de Terabithia. Ils y pénètrent en se balançant sur une vieille corde au-dessus d’une rivière, devenant alors, pendant quelques heures, roi et reine de leur propre univers.

Pendant plusieurs mois, Jess reprend goût à la vie grâce à Leslie. Pour la première fois, le garçon a une amie, et ce n’est pas sa petite soeur May Belle. Au printemps, les pluies torrentielles font déborder la rivière qui les sépare de leur monde fabuleux, jusque-là asséchée, rendant l’accès au Royaume plus difficile. Un matin d’avril (bon, y’a pas la date précise, mais comme c’est juste après Pâques, je vais dire que c’est en avril), la professeure de musique de Jess, dont il est secrètement amoureux, l’invite à Washington pour visiter un musée. Sans penser à inviter Leslie, il saute sur l’occasion et passe avec Miss Edmunds une journée plus que formidable. En rentrant le soir même, toute sa famille, morte d’inquiétude, l’attend dans le salon. C’est alors qu’ils lui annoncent l’affreuse vérité : Leslie s’est noyée dans la rivière à l’entrée de Térabithia…

Alors voilà, de quoi nous mettre de bien bonne humeur pour les années à venir. À chaque fois que je regarde ce film, j’en ressors si déprimée que je le range dans un coin pendant des mois en me disant que jamais, au grand jamais, je ne le reverrai. Et puis, évidemment, je le regarde de nouveau…

Dernièrement, le film a connu un nouveau sursaut de célébrité sur le site 9gag, quand les utilisateurs se sont rappelés de son existence en découvrant que AnnaSophia Robb, l’actrice jouant Leslie Burke, avait grandi depuis, et était devenue une jolie jeune femme (qu’est-ce que vous voulez que je vous dise…). C’est ainsi que j’ai réalisé que je n’avais jamais lu le livre de Katherine Paterson, publié en 1977 aux États-Unis (il faudra attendre 1985 pour la France), duquel il est adapté, et je me le suis acheté en langue originale dans ma chère librairie anglophone (en français, le livre a d’abord été traduit Le Royaume de la rivière, puis, lors de la réédition qui a suivi le film, Le Secret de Terabithia).

NON, JE NE PLEURE PAS OK ? C’est une poussière. Ou un oignon.

 

Il m’a fallu une journée pour le dévorer. Évidemment, il n’est pas très long, moins de 200 pages, et je n’avais pas grand chose d’autre à faire ce jour là. Le plus difficile est de continuer la lecture tout en sachant ce qui arrive à la fin. Chaque moment de joie que vit Jess grâce à Leslie fait immédiatement monter les larmes aux yeux. Et la fin m’a laissée comme une vieille chaussette dans mon lit, les larmes ruisselant sur mes joues, bien que je fusse au courant du dénouement.

Mais enfin, laissons là mon hypersensibilité et tournons-nous vers le sujet qui nous intéresse : le travail d’adaptation. Connaissant le film avant le livre, l’exercice a été réalisé dans le sens inverse dans ma tête. Bizarrement, même si le film prend beaucoup de libertés et qu’il s’éloigne parfois du livre, il se trouve que l’adaptation est très bien réalisée. Gábor Csupó, le réalisateur, a choisi de supprimer de son film Miss Bessie, la vache des Aarons, pour la remplacer par une serre, afin de garder une activité fermière. Ce choix est facilement compréhensible : il ne doit pas être aisé de tourner avec n’importe quel animal, mais alors imaginez en plus une vache (et la vache en image de synthèse, c’est bof). La présence de la serre permet de garder les scènes où Jess travaille avant d’aller à l’école, tout en retirant quelques difficultés de tournage. Il ajoute grâce à cela quelques problèmes familiaux, notamment lorsque la serre se fait saccager par un animal sauvage, réduisant à néant un travail de plusieurs mois. Dans une maison où l’on doit se serrer la ceinture toute l’année, il faut imaginer que ce n’est pas qu’un petit incident…

Est-ce que je vous ai dit qu’il y a Zooey Deschanel dans le film ?

 

Bizarrement, le film nous présente mieux Terabithia que le roman. D’un côté, c’est logique. Ce qui se fait via l’imagination à la lecture, se voit directement à l’écran. Mais les scènes dans le Royaume sont plus nombreuses et plus longues. On y voit l’évolution de la mentalité de Jess, qui peine au début à utiliser son imagination aussi bien que Leslie, mais qui finalement se laisse guider. Dans le livre, c’est bien moins évident, et on comprend que le garçon se laisse principalement porter par son amie.

On y découvre aussi quelques batailles face à des créatures imaginaires qui ressemblent bizarrement aux brutes de l’école, qu’on ne retrouve pas dans le matériel original. À ce propos, le film fait grand cas de Gary Fulcher et Scott Hoager, deux garçons de la classe de Jess et Leslie, qui prennent un malin plaisir à embêter le garçon. Mais dans le livre, ils ne sont que très peu mentionnés, ils ne sont rien de plus que deux personnages désagréables. On peut supposer que si le film appuie sur cela, c’est à cause de la montée du harcèlement scolaire et de l’évolution des consciences. Certainement une volonté des scénaristes (Jeff Stockwell et David Paterson, qui es le fils de l’auteur !) de sensibiliser les spectateurs à cette problématique.

Même si je suis repartie pour quelques mois de déprime, je suis plus que ravie d’avoir enfin lu ce récent classique de la littérature enfantine américaine. Il s’agit d’un magnifique roman sur l’amitié et le pouvoir de l’imagination, qui fait autant de bien que de mal… Un roman à découvrir ou redécouvrir ! (Bon, et moi je retourne me faire du mal en regardant une nouvelle fois le film…)

– Pasto

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