Chocolat? Vous avez dit du chocolat?

        RenardsHâtifs étant composé à 99% de gros gourmands, il était impossible pour nous de passer à côté de cette formidable fête qu’est Pâques. Parce que, désolé Jésus, pour nous cette fête n’est pas celle de ta résurrection, mais bien celle où l’on a le droit de se goinfrer de chocolat sans culpabiliser (mais promis, on aura une pensée émue pour tout ce que tu as fait pour nos pêchés). Alors ce matin, pas de messe pour nous, mais une chasse à l’œuf dans nos jardins. Enfin, dans nos appartements, parce qu’on a pas de jardins.

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Les Renards quand quelqu’un parle de chocolat

        Et pour fêter cette journée, vous avez le choix. Si vous êtes plutôt branché littérature de bonnes femmes, peut-être connaissez-vous déjà Chocolat (1999) (en français dans le texte) de Joanne Harris ? Ce livre raconte l’histoire de Vianne Rocher, une sorte de sorcière qui vient s’installer dans le sud de la France avec sa fille pour ouvrir une chocolaterie et qui se retrouve confrontée à une tonne de problèmes à cause du prêtre du village. Ça ne vous dit rien ? Et si je vous parle de l’adaptation cinématographique de 2000 avec Johnny Depp et Juliette Binoche, ça vous rafraîchit la mémoire ?

        Bon de toute façon, c’est pas de ça dont je veux vous parler. Je n’ai rien contre la chick lit[1], moi même il m’arrive d’en lire, bien que mon choix se porte plus sur la young adult quand il s’agit de niaiserie et de bons sentiments. Mais ce que je préfère c’est la littérature enfantine, qui parle à mon imaginaire.

        C’est pour cela que nous parlerons plutôt du plus grand succès de l’un de mes crushs littéraires, celui qui vient immédiatement en tête lorsqu’on parle de chocolat : Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl (Alfred A. Knopf, 1964), le grand classique de la littérature anglophone du XXème siècle. À la simple mention de ce nom je vous vois déjà saliver en imaginant les friandises de l’incroyable Willy Wonka.

        Le livre, comme tous les autres romans jeunesses de l’auteur gallois, a été mis en image par le talentueux Quentin Blake, dont les dessins me font encore aujourd’hui rêver.

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        Tout d’abord, un rapide résumé pour vous rafraîchir la mémoire si vous avez oublié l’histoire ou si l’indigestion de chocolat vous empêche de réfléchir :

        Le jeune Charlie Bucket est un enfant joyeux et heureux mais terriblement pauvre qui vit dans un petite maison délabrée avec ses parents mais aussi ses quatre grands-parents : grand-papa Joe, grand-maman Joséphine, grand-papa Georges et grand-maman Georgina, contraints à partager le même lit double qu’ils ne quittent jamais tellement ils sont vieux. Malgré ce mode de vie précaire, Charlie ne se plaint pas, et se contente de plaisirs simples, comme par exemple une barre de chocolat une fois par an pour son anniversaire. Mais pas n’importe quel chocolat, celui de Willy Wonka, le plus fameux chocolatier du monde qui crée des gourmandises incroyables comme : des chewing-gums qui ne perdent pas leur goût, ou des bonbons qui changent de couleur. Comment est-ce possible ? Personne ne le sait. Le mystère plane entièrement autour de la fabrique et aucun employé ne peut raconter ce qu’il s’y passe pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas l’air d’en avoir !

        Mais un jour, le secret autour de Wonka et de ses incroyables sucreries est prêt à être révélé ! Le grand chocolatier lance un concours : des tickets d’or cachés dans ses barres chocolatées donneront le droit aux 5 enfants qui les trouveront de venir visiter son atelier, avec une grande surprise à la clé. Comme toutes les petites personnes de son âge, Charlie rêve d’en trouver un, mais ne se fait pas trop d’espoir. Très vite, les 4 premiers tickets sont trouvés par des enfants tous plus insupportables les uns que les autres : Augustus Gloup, le gros glouton qui avale tout ce qui lui tombe sur la main ; Veruca Salt, une petite fille riche et pourrie gâtée ; Violette Beauregard, une insupportable mâcheuse de chewing-gum accro à la compétition et Mike Teavee, une teigne fana télévision. Mais un jour, Charlie trouve quelques sous dans le caniveau et achète avec ceux-ci deux barres de chocolat. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il trouve le dernier ticket d’or, la veille de la visite ! Ni une, ni deux, son grand-papa Joe (qui se sent soudain plein de vie et d’énergie) et lui-même se mettent sur leur 31 pour aller arpenter les couloirs de la plus fameuse chocolaterie du monde.

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        Ils sont accueillis par le grand Willy Wonka en personne, un petit énergumène surmonté d’un grand chapeau, vêtu d’une queue de pie prune et d’un pantalon vert bouteille, peu doué pour les relations humaines. M. Wonka leur fait visiter les pièces les plus importantes à la fabrication des friandises : la salle du chocolat où il est mélangé grâce à une incroyable cascade ; la salle des expériences, où les bonbons sont testés avant la commercialisation ; la salle des noix où des millions d’écureuils testent les fruits pour vérifier s’ils sont comestibles ou non… Ils découvrent aussi les mystérieux travailleurs qui vivent dans l’usine, les Oompa Loompa, des petits bonhommes venus de Oompaland, qui travaillent en échange de leur plat préféré, les fèves de cacao.

        Mais dans les dédales de l’immense usine qui s’étend sur des kilomètres sous terre, les choses ne se passent pas comme prévues pour les visiteurs. Les enfants, tous plus mal élevés les uns que les autres ne font que des bêtises et désobéissent aux indications de Willy Wonka, ce qui leur attire d’atroces ennuis : Augustus tombe dans la rivière de chocolat en voulant y boire et se fait aspirer ; Veruca fait un caprice pour avoir un écureuil et ces derniers la jettent aux ordures ; Violette gonfle comme une myrtille en mangeant un chewing-gum à la composition pas totalement stable ; et Mike se retrouve miniaturisé en voulant se faire transférer dans une télévision. À la fin de la visite il ne reste que Charlie qui est le seul à ne pas avoir enfreint le règlement de M. Wonka et gagne donc l’incroyable surprise : la chocolaterie elle-même !

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(Note pour moi-même, apprendre à faire des résumés courts)

  

a8WQPRZ_700bLe livre fut adapté à l’écran à deux reprises. Tout d’abord en 1971, par Mel Stuart. Le film est aujourd’hui culte grâce à son Willy Wonka, joué pour Gene Wilder, dans une interprétation très proche du Time Lord de la série Doctor Who (auquel Wonka me fait personnellement beaucoup penser). Le personnage est tellement passé à la postérité qu’il en est devenu un meme sur internet. Ce qu’il représente très bien, c’est cette étrange bipolarité de Willy Wonka, entre une extrême jovialité et une folie dangereuse, comme lorsque la troupe navigue sur la rivière de chocolat et que le bateau prend soudain de la vitesse, terrifiant tous les enfants et leur parent, ce que le chocolatier ne semble pas réaliser, trop engagé dans une tirade démente. Le réalisateur Tim Burton fait le choix de moins le mettre en scène dans sa nouvelle version de 2005 avec cette fois Johnny Depp (encore lui, deux fois dans un article, ça commence à faire beaucoup) en rôle principal.

        Ces deux films, au lieu d’adapter à la lettre le roman, tentent, chacun à leur manière, de se démarquer. Pour Mel Stuart, c’est en montrant encore plus la vanité des enfants et de leurs parents au travers d’un associé de Willy Wonka qui, en se faisant passer pour un concurrent, Slugworth, propose de l’argent aux vainqueurs en échange d’informations sur la chocolaterie. On perd également la magie de l’imaginaire, car la quête du ticket d’or et la chasse au prix spécial sont montrés sous un angle sociologique et économique. Roald Dahl fut très déçu de cette adaptation et refusera pour cela de donner les droits du roman pour d’autres adaptations cinématographiques. Mais Burton parvint à convaincre sa veuve, grande fan du travail du réalisateur, et obtient le droit de réaliser un nouveau film. Pour se démarquer, il fit le choix d’inventer un background aux personnages, une histoire antérieure à celle des faits racontés dans le livre. C’est un procédé qui lui est cher, car il fera la même chose quelques années plus tard dans son adaptation d’Alice au Pays des Merveilles. Mais évitons de me lancer sur ce sujet… Ainsi, on apprend que Willy Wonka a eu une enfance malheureuse avec un père orthodontiste qui l’empêchait de manger des sucreries (ce qui fait qu’aujourd’hui il n’est pas du tout à l’aise avec les rapports familiaux et les figures parentales) et que grand-papa Joe fut dans, ses plus jeunes années, ouvrier à la chocolaterie.

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«Tout est mangeable dans cette pièce, même moi, mais ça, mes chers enfants, ça s’appelle du cannibalisme et c’est condamné par la plupart des sociétés.»

        Comme presque tous les livres jeunesse de Roald Dahl, Charlie et la chocolaterie est parsemé de chansons. Ici, elles sont improvisées par les Oompa Loompa lors de la disparition de chaque enfant (enfin je dis improvisées, tout ça semble un peu trop bien préparé) et les deux films reprennent cet aspect de l’oeuvre. Dans le film de Tim Burton, elles sont presque exactement les mêmes que dans le livre, à quelques petits détails près. Quant à celui de 1971, on s’approche plus de la comédie musicale. Ainsi de nombreuses chansons ont été rajoutées et celles déjà existantes ont été grandement modifiées.

        Même s’il est très plaisant de voir la chocolaterie prendre vie, notamment l’incroyable salle du chocolat où tout est comestible, et que je trouve particulièrement belle dans l’adaptation de Burton, ils n’égalent en rien la magie de ce qu’a pu produire mon imagination d’enfant à partir des dessins de Quentin Blake à la lecture de l’œuvre. Et c’est là l’un des problèmes et des avantages de la représentation de la littérature de l’imaginaire.

L’imaginaire étant propre à chacun, les réalisateurs peuvent se permettre de créer plus ou moins ce qu’ils veulent. Je tiens à ce plus ou moins, car il ne faut ni dénaturer l’histoire, ni renier le travail d’illustration approuvé par l’auteur, il faut imaginer et étendre à partir de là. Mais quel que soit le résultat, il est très probable que le lecteur soit déçu, même devant un bon film, car il y a peu de chances que cela ressemble à ce qu’il avait en tête, ce sera forcément moins bien.

        Alors sortez votre exemplaire de Charlie et la chocolaterie et plongez vous dans cette histoire merveilleuse, ainsi que dans sa suite, Charlie et l’ascenseur de verre (Alfred A. Knopf, 1971), une œuvre encore plus Whovienne[2] que le premier tome (non mais quand même, ils voyagent dans l’espace à bord d’une petite boite…). Et si après ça, vous avez encore faim, je vous invite à lire d’autres classiques de Roald Dahl, comme James et la grosse pêche (Alfred A. Knopf, 1961) pour une lecture plus diététique ou La Potion magique de George Bouillon (Jonathan Cape, 1981) pour vous couper l’appétit !

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L’info gourmande : Cette année, le parc Universal CityWalk à Orlando va ouvrir une nouvelle attraction, une chocolaterie d’inspiration steampunk, la Toothsome Chocolate Factory, qui n’est pas sans rappeler l’incroyable usine du plus grand chocolatier de la littérature enfantine ! Alors je sais pas vous, mais moi j’ai déjà réservé mon billet (oui, avec mon argent imaginaire).

— Pasto


[1]Terme anglais pas si péjoratif que ça pour décrire la littérature qui cible un public féminin, comme la collection “Piment”, éditée par France Loisir

[2]Adjectif utilisé pour qualifier toute chose pouvant se rapprocher de l’univers de la série Doctor Who (BBC, 1963 – Aujourd’hui)


Sources :

  • Dessins de Quentin Blake.

Toutes les images appartiennent à leur auteur. Nous ne détenons aucun droit sur celles-ci.

3 réflexions au sujet de « Chocolat? Vous avez dit du chocolat? »

  • Ah, Charlie et la chocolaterie et La Potion magique de George Bouillon… Il faudrait vraiment que je les relise, ça fait longtemps.
    J’avoue avoir eu beaucoup de mal avec Charlie et l’ascenseur de verre, mais je n’en garde aucun souvenir… Peut-être est-il temps de lui donner une seconde chance ?
    En tout cas, bon article, plaisant à lire, comme souvent. 😉
    Et gloire au chocolat (noir hein, le reste c’est du sous-chocolat :p) !

    • Je me rappelle plus moi même de ma première lecture de Charlie et l’ascenseur de verre, mais quand je l’ai relu en début d’été j’étais super heureuse. Et puis je m’amusais à repérer les références ou les rapprochement avec Doctor Who et c’était drôle !
      Alors je te conseille de retenter ! Il est moins bien que la Chocolaterie, mais il mérite qu’on s’intéresse à lui.

      Et sache que le chocolat est bon sous toutes ses formes !

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