Confidence d’Une Histoire Vraie avec Delphine de Vigan

Le mois dernier, Delphine de Vigan a rendu visite à la librairie Sauramps de Montpellier. Et c’était génial. Et ça me donne l’occasion de vous faire découvrir mon super pouvoir qui est de parler de livres que je n’ai pas lus.

 

Tout d’abord, la librairie avait organisé une rencontre entre l’auteure et ses lecteurs dans leurs locaux. Le fait que cela soit prévu à l’intérieur de la librairie a renforcé le côté cocon et chaleureux. Ça a été l’occasion d’échanger quelques mots avec l’auteure et de se rendre compte qu’elle est d’une gentillesse rare. Une vraie perle d’amour.

 

Ensuite, Sauramps avait organisé un échange littéraire dans l’auditorium du Musée Fabre de Montpellier, animé par une intervenante de la radio locale.

Les échanges ont principalement porté sur la démarche d’écriture, notamment après l’énorme succès de son livre précédent. La journaliste pose la question de l’écriture et du processus de création de celui-ci . Ce livre était-il vraiment ce qu’elle avait prévu de faire ? La réponse de l’auteure sur la découverte d’un livre qu’on a écrit m’a fait beaucoup rire « Au fond, c’est comme le tricot, vous pensez faire une écharpe et quand vous regardez à la fin, c’est une chaussette ». Ça illustre assez bien, et ça s’adapte à tout (oui je pense à mes dissertations du bac de philo #Promo2012).

 

Le nouveau livre qu’elle présente a pour personnage central Delphine, une auteure qui après le succès de son livre précédent s’attèle à l’écriture du prochain, qu’elle veut centrer sur la télé-réalité (qu’elle trouve fascinante MAIS à petites doses). Cependant, le personnage rencontre L. avec qui elle aura un coup de foudre amical mais qui l’entrainera vers la dépendance et … la folie ? Tiens, tiens, c’est marrant ça, c’est un roman autobiographique ?

 

« Tous les romans le sont un peu » répond-elle. Puis, avec un tel titre, on est en droit de se poser la question après tout, il s’intitule D’Après une histoire vraie. Elle parle alors de la scénarisation de la vie réelle, comme on peut le voir dans les télé-réalités, et de la façon dont on peut faire le choix du réel tout en l’interposant avec la fiction. De ce fait, le roman qu’elle présente donne au lecteur le moyen de s’interroger. Est-ce véritable ou non ? Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pourquoi ce choix de perdre le lecteur ? C’est le genre de fiction qui peut mettre l’auteur en péril, c’est elle qui le dit. La ligne entre réel et fiction est floue et peut être dangereuse, parce qu’on peut interpréter beaucoup de choses.

 

L’auteur insiste beaucoup sur le fait qu’elle veut jouer avec le lecteur. Son écriture reflète sa volonté de faire passer le lecteur par différentes étapes, elle veut le conduire à travers le livre pour qu’il atterrisse vers le doute (pour la majorité) ou la certitude (une minorité de lecteurs).

Ce qui perturbe encore plus, c’est qu’elle dit que c’est le livre le plus intime et le plus personnel qu’elle ait écrit et pourtant, elle rend cette perception difficile, toujours avec cette limite floue. Elle a clairement une volonté de noyer le lecteur, mais pas de l’affronter. Elle a conçu une entreprise ludique du JE sans difficultés d’écriture. La lecture doit avant tout rester un plaisir, il n’y a aucun sens si la lecture d’un roman est une torture (et je plussoie).

 

Personnellement, je pense qu’avec ce dernier roman, suite aux succès de ses précédentes publications, qu’elle cherche à se positionner par rapport à ses lecteurs.

 

C’est aussi pourquoi L. ne peut pas être un homme. Elle est une sorte de double inversé. Elles ont chacune une fascination pour l’autre, une obsession mutuelle, qui peut renvoyer à la part de doute qu’on a tous en nous.

 

Ses références pour ce roman sont affichées avec des citations de Stephen King (La Part des Ténèbres -1989- et Misery -1990-) qui introduisent les 3 parties du roman : Séduction, Dépression et Trahison.

 

Le roman prend une tournure plus psychologique qu’aux premiers abords alors, non ? Peut-être. C’est la réponse floue que l’auteur nous donne sur cette question un peu piège. Comme King, elle évoque cette peur, ce monstre qu’on a tous en nous, mais aussi dans notre entourage sous un éclairage, d’une manière plus crédible.

 

Et le but du roman est là. Quelle est la part du vrai? Ce vrai que l’on cherche à tout prix dans notre société (journalisme d’investigation, réseaux sociaux et télé-réalité en sont des symptômes). Elle se penche sur le pourquoi du comment, notamment sur les raisons qui font que Delphine a été si naïve, si manipulable. Elle fait une rétrospective basée sur son personnage qui peut, au final, s’appliquer à tous. Delphine de Vigan provoque, par cette écriture, l’empathie du lecteur ; elle parle de piège de la narration.

 

Elle fait le lien entre succès et violence, ce qu’elle a vécu ou ce qu’elle aurait pu vivre après le succès de son dernier livre. Elle fait de la menace un objet littéraire, elle le dit elle-même. Par le livre elle place le réel et le mensonge sur le même plan.

« Le réel existe sous une forme ou sous une autre ». C’est globalement ce que j’ai retenu de cette conférence avec la toute pipou Delphine de Vigan. Et qu’il fallait que je lise son livre.


— Sellylis

 

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