Courte ode à la « mauvaise » littérature

Tout est dans le titre. Absolument tout. Avant de commencer, je précise. Je suis en première année de master de lettres, j’ai une licence de lettres, un bac littéraire et j’ai même fait une prépa de lettres, donc je vous prie de me croire sur une chose : Tata Viny a bouffé du classique (sisi, même que j’ai lu TOUT le tome 3 des Mémoires de Guerre – mais là on dirait que je fayotte).

265661_4726600

J’ai aimé ça (le classique hein, pas de Gaulle). Pas tout le temps, mais le plus souvent oui. J’ai adoré Zola qui m’a fait rêver devant les étals de tissus d’Au bonheur des dames, et pour lequel j’ai lu en deux jours La Curée. J’ai kiffé Flaubert, et à cause de lui, j’ai lu Madame Bovary jusque dans ma baignoire (bonjour cliché). Je voue un culte à Jean Giono et à Que ma joie demeure pour sa puissance poétique et sensuelle.

Mais je le soutiens, je l’affirme, merci à toi, littérature que l’on qualifie de « mauvaise ».

Oh je vous entends huer, je vois mes co-renardes s’hérisser le poil (qu’elles ont fort soyeux), et j’imagine les cris effarés de tous mes professeurs de français. Mais dussé-je me battre contre vous tous, je l’écrirai, je le crierai : merci.

9782290014288

Merci Guillaume Musso, merci Marc Lévy, merci Stephenie Meyer, merci la collection Black Moon, merci Cassandra Clare, merci Alain Suget, merci Sarah Dessen, merci Serge Brussolo, merci Anna Gavalda, merci Dan Brow, et j’en oublie beaucoup. Merci à ces livres aux titres putassiers que j’achète parfois, merci aux oubliés du monde des lettres, merci aux romans des pages de France Loisir.

Merci, parce que j’aime lire, et parce que je vous le dois. J’en ai lu de la « mauvaise » littérature, beaucoup, de la young adult que le monde littéraire regarde avec suspicion, et des romans pour ménagères. Alors certes, vous n’êtes pas tous bons. Vos histoires sont parfois passables, vos dialogues tordants, tire-larmes, clichés et faussement novateurs, quant à votre style, il fait grincer les dents des gens qui lisent « comme il faut », même si bien souvent la traduction participe à ces phrases pas terribles.

dessen

« – D’accord, dit-il, prenant son souffle. Qu’est-ce que tu ferais, si tu pouvais faire ce que tu voulais ?

J’ai fait un pas vers lui.

– Ça, répondis-je, et je l’ai embrassé.

Embrassé. Là, au milieu de la rue, tandis que le monde menait ses affaires autour de nous. Derrière moi, Jason attendait une explication, ma sœur continuait de faire sa leçon, et l’ange, prêt à s’envoler, gardait les yeux levés vers le ciel. Quant à moi, je sentais que j’avais enfin pris le bon chemin. Celui qui commençait ici, à cet instant même, avec Tim, par un baiser qui me coupait le souffle et me le rendait, me laissant plus que jamais pleine de vie. »1

Parce que il y a des titres qui font moins bien que d’autres dans une bibliothèque : The Mortals Instruments, Sept jours pour une éternité, Si je reste, Twilight, Ma sœur ce boulet, Pour toujours… jusqu’à demain, Pauline ( de Dumas, que l’on nomme petite littérature ), Tirya, Sigrid et les monstres, Nuits d’enfer au paradis, Que serais-je sans toi, Le prochain truc sur ma liste, Percy Jackson, Hunger Games, Mes amis, mes amours

badlittéMais parfois, souvent, je trouve en vous des petites étincelles qui ont fait et font mon plaisir. Parce que moi aussi je souris devant les passages niais. Et j’assume.

« Chaque fois que tu risques ta vie, j’ai l’impression de mourir un peu »2

C’est parce que j’ai plongé et que je plonge encore entre vos pages un peu plastiques que je frémis à présent devant une phrase bien tournée, un vocabulaire étrange, une belle image.

Vous m’avez donné envie de lire encore et toujours plus, et grâce à vous,

j’ai lu.

Marinièrement tienne,

— Viny


1- Pour toujours…jusqu’à demain, Sarah Dessen, 2011 (version original The truth about forever)

2- La cité des cendres, “The mortals instruments” t2, Cassandra Clare, 2008 (version original The city of ashes)

5 réflexions au sujet de « Courte ode à la « mauvaise » littérature »

  • Très bonne analyse de la « littérature de gare » comme l’on dit aussi.
    En effet, qu’importe si cette littérature donne envie de lire, c’est l’essentiel et dans chaque livre, si mauvais soit-il, il y a toujours un petit quelque chose à apprendre…
    C’est aussi cela, la culture…

  • Coucou !
    Tout d’abord, je voudrais dire que je suis très contente d’avoir découvert votre blog, il est vraiment chouette, j’aime énormément la façon dont vous rédigez vos articles, c’est très agréable à lire.
    J’ai exactement le même parcours scolaire que toi et je partage tout à fait ton avis. La littérature, ce n’est pas seulement les classiques ou les grands auteurs contemporains reconnus. La littérature, c’est tout ce qui peut se lire. Je suis très mal à l’aise avec cette notion de mauvaise, ou pire, de sous-littérature. On peut aimer ou ne pas aimer, c’est normal, mais qui est-on pour dire que ça, c’est de la bonne littérature, et ça, de la mauvaise ? C’est une question épineuse, sans réponse parce que tellement subjective ! (sur laquelle j’ai passé 2 ans de khâgne et personne n’a encore trouvé de réponse depuis Aristote). On lit tous pour des raisons différentes. L’important, c’est de trouver du plaisir en lisant, peut importe ce que peut en penser le voisin. Et je retrouve souvent cette idée dans vos articles, que tout livre mérite d’être lu. Et c’est vraiment chouette de diffuser ce genre de pensée. Tous les livres ne sont pas des chef-d’oeuvres, c’est même bien rare un chef-d’oeuvre, surtout pour en juger avec peu de recul ! Mais tant qu’on y trouve quelque chose, ne serait-ce qu’une phrase, qu’une expression, qu’une idée, c’est l’important.

    • Tout d’abord bienvenue chez nous ^^
      c’est super gentil, et on est super contents que le blog te plaise!
      C’est quelque choses qui nous tient à coeur en effet, et c’est vraiment chouette de voir que c’est une opinion partagée, surtout chez des gens qui ont une formation qui pousse un peu à l’élitisme dans les lectures et les goûts. Il y des livres qui restent des « plaisirs coupables » quelque soit les personnes et je milite fortement pour qu’on les appelle juste « plaisir »! Et on est plusieurs renards unis dans cette lutte.

  • Oooh il y en a plusieurs que tu m’as fait lire à l’époque sur cette étagère-là. En ce qui me concerne je me souviens que la littérature a été un lien de plus entre nous, et je n’oublierai jamais que tu es celle qui m’a fait découvrir Twilight – source d’amitiés, de créativité, de nuits blanches à bouquiner… Encore aujourd’hui je les relis avec plaisir !
    Au nom de tous ces livres et de notre amitié : merci Viny 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *