La Promesse de L’Aube

 

Si je devais vous parler d’un livre qui m’a mis la tête “upside-down”, je choisirais dans la longue liste de ceux qui m’ont fait un tel effet:  La Promesse de l’aube  de Romain Gary. C’est une étrange autobiographie, écrite avec un sourire goguenard par un aviateur écrivain de la seconde guerre mondiale, ou peut-être l’inverse.

Mais en quoi ce livre se détache-t-il de tous ceux que j’ai pu lire dans ma vie de livrovaure ?

C’est donc une autobiographie écrite par Romain Gary pour lui-même, comme toute autobiographie, mais de manière assez surprenante, également pour sa mère. Bien obligé d’être le témoin des premières fois marquantes de sa vie, ce livre est à la fois la promesse tenue d’être un grand homme, et une ode à une mère dont le patriotisme français n’a d’égal  peut-être que celui du général de Gaulle et qui est farouchement déterminée à tout lui donner .

«Dans toute mon existence, je n’ai entendu ces deux êtres parler de la France avec le même accent : ma mère et le général de Gaulle. Ils étaient fort dissemblables, physiquement et autrement. Mais lorsque j’entendis l’appel du 18 juin, ce fut autant à la voix de la vieille dame qui vendait des chapeaux au 16 de la rue de la Grande-Pohulanka, qu’à celle du Général que  je répondis sans hésiter »

Entouré par un amour maternel démesuré, il devient un assoiffé à la fontaine de ce sentiment, sorte de Tantale jamais rassasié dont le père existe par sous-entendus que seuls l’auteur devenu adulte et le lecteur peuvent saisir. De cette vague d’amour qui l’a englouti dès l’enfance, il connaît des déboires amoureux et cherche dans les femmes des « bouées » affectives, des ersatz de cet amour de géant  que la vie lui avait promis à l’aube de son existence.

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur ; ce ne sont plus que des condoléances. »

La Promesse de l’aube est incontestablement un roman d’amour pour la vie, parsemé d’optimisme. Il y raconte par sa plume atypique la grande histoire et la sienne,  dont la rencontre a lieu durant la seconde guerre mondiale. Il magnifie le détail et banalise l’important et l’exceptionnel, se refusant au sérieux dans un lyrisme humoristique souvent auto-dérisoire. Romain Gary a le goût de la mise en scène quasi rocambolesque qui se teinte d’un savoureux grotesque, il se fait en quelques sortes héros picaresque, toute en ne quittant jamais le statut d’auteur pleinement conscient du texte qu’il écrit, et s’amuse à arrêter la narration par un commentaire ironique. L’auteur s’y présente en « looser magnifique », malgré l’obtention du titre d’officier de la légion d’honneur, de ses succès littéraires, dont un prix Goncourt au moment de l’écriture de l’œuvre pour Les Racines du Ciel, et de ses costumes coupés à l’anglaise.

« Elle aimait les jolies histoires, ma mère. Je lui en ai raconté beaucoup »

  Il propose un texte empreint d’une lucide naïveté qui contribue à lutter contre le caractère anxiogène du monde décrit. Sa vie incroyable marquée par l’histoire porte dans l’autobiographie des passages où la réalité est déformée, presque rêvée, et ce de manière évidente. Toutefois, et ce comme dans presque toutes les œuvres du genre, sinon la totalité, le doute persiste entre les lignes lorsqu’il s’agit de démêler réel et fictif.  L’auteur s’en amuse et romance certains passages en leur donnant un caractère faussement épique ou bien fantasme la présence de sa mère presque partout, par-dessus son épaule, tout comme dans ses généraux. L’œuvre truculente, comme un chant, est rythmée d’allers et retours entre le passé et le rivage de Big Sur, et se termine sur le sourire d’avoir vécu en luttant contre les dieux de la bêtise.

« J’ai voulu disputer, aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde et rendre la terre à ceux qui l’habitent de leur courage et leur amour »

En espérant vous avoir donné la curiosité saine de fouiller entre les pages de la vie de monsieur Gary,

Marinièrement vôtre,

— Viny

 

 

La Promesse de l’Aube, de Romain Gary, publié dans la Collection Blanche chez Gallimard

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