La FanFiction, qu’est-ce que c’est que ça encore ?

 

L’avantage d’aller à la fac, c’est qu’on est exposés à des nouveautés, des manifestations et des découvertes en tout genre. Et ce qui est encore mieux, c’est que nos profs sont aussi ouverts que nous. La semaine dernière, l’un d’eux avait organisé une rencontre-débat sur le thème de la fanfiction.

Oui messieurs-dames, la fanfiction : ce genre littéraire en expansion depuis les débuts de l’internet, ces écrits qui vous ont tenus éveillés des nuits entières, vos ordinateurs sur les genoux et qui ont fait de votre adolescence une succession de nuits blanches, de larmes et de feels. La fanfiction donc, est un genre nouveau et une sorte d’OVNI dans l’univers littéraire. De nombreux gens vous diront d’ailleurs que ça n’a rien à faire là, mais je ne suis pas d’accord avec eux.

Grâce à ce professeur ouvert et curieux, nous avons eu droit à l’intervention d’Alixe, une auteure de fanfiction et spécialiste du sujet*. Pendant deux heures, elle nous a communiqué son savoir. Ce qui était le plus intéressant dans cet échange, je crois, c’est que, malgré la différence d’âge entre elle et nous, on s’est retrouvés autour d’un sujet qui nous passionnait ou nous avait passionnés. Et nous nous sommes dit chez les RenardsHâtifs, que ce serait une bonne idée de partager cela avec vous parce que, eh, ça reste un pan de la littérature et que certains d’entre nous sont de grands consommateurs de fanfiction.

 

Pourquoi la fanfiction ?

Eh bien, déjà parce que c’est cool. La fanfiction, c’est quelque chose qui rend heureux, ou presque. Ici, c’est mon témoignage que je vais partager avec vous.

J’ai découvert ce genre littéraire (parce que c’en est un) quand j’avais douze ou treize ans. À l’époque, ça se passait sur Skyblog et pour moi, ça a commencé avec un groupe de pop issu de Disney Channel (on ne juge pas, s’il vous plaît). J’ai d’abord commencé à en lire pour me sentir proche de mon groupe préféré, puis surtout, pour trouver d’autre fans comme moi. Je me suis fait de bonnes copines et on a passé des heures à rigoler ensemble sur ce qu’on pouvait imaginer. Leurs vies devenaient ce qu’on voulait dans nos mains. Puis, un jour, je me suis lancée moi aussi. À force d’en parler, il fallait que je le fasse, que je poste mes idées. Évidemment, ce n’était pas aussi facile que je le pensais, il fallait faire attention à la présentation, aux fautes d’orthographe (parce qu’il y en avait malgré tout des grammar-nazis chez les fans) et surtout, il fallait que ce soit réaliste. Alors oui, réaliste est un mot un peu étrange dans ce contexte, mais c’est comme ça que ça se passait.


Quelques temps après, j’ai eu le temps de mûrir et de vouloir lire autre chose. Je suis donc passée sur
fanfiction.net, qui est un site plus mature, avec un plus large public qui regroupe tous les fandoms existants, même ceux dont vous ne soupçonnez pas l’existence. Déjà, de base, dites vous que la fanfiction n’est absolument pas quelque chose de nouveau, bien au contraire. Historiquement, on pourrait presque dire que la fanfiction a toujours existé. À la Renaissance par exemple, on s’est mis à réécrire à différentes sauces des œuvres antiques ou on s’est inspiré de personnages historiques pour écrire. Les meilleurs exemples sont Racine et sa réécriture de Phèdre ou le Jules César de Shakespeare. Alors croyez moi, on trouve de tout sur ce site web.13052585_1074229272623941_135773637_o

Quand on parle de fanfiction, l’élément phare est évidement le côté « fan ». Est-ce que réécrire une œuvre déjà existante c’est la désacraliser ? Personnellement, je ne pense pas. C’est justement parce qu’on l’a appréciée que l’on veut prolonger le plaisir, et laisser son imagination dépasser la dernière page du livre ou la dernière seconde du film. La fanfiction, c’est une nouvelle dynamique d’écriture qui se place en plein milieu du débat sur la mort de l’écriture. Elle permet aussi d’aborder des thèmes qu’on ne retrouve pas forcément dans la littérature traditionnelle. Je pourrais vous parler du nombre incalculable de fictions que j’ai lues qui abordent les thèmes de la reconstruction après un viol, de l’abandon, de l’avortement, du deuil, de la perte d’un toit, etc.  Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, même si la romance est très souvent présente et est le moteur, le cœur de l’histoire, ce n’est pas forcément le plus intéressant. C’est par le spectre de l’amour qu’on atteint l’objectif ultime : la fin heureuse. Ce que j’aime, c’est la diversité des caractères, la façon que les auteurs ont de prendre un personnage déjà connu et de modifier son caractère, de le renforcer.teste

La plupart des histoires que je lis sont issues de l’univers de Twilight. J’ai été tellement frustrée à la lecture du dernier tome, tellement déçue que je me suis lancée dans les fanfictions à cœur perdu. Pour moi, Stephenie Meyer a créé un univers génial qu’elle n’a jamais pris le temps d’exploiter. C’est une auteure feignasse qui s’est concentrée sur l’histoire d’amour et a choisi la solution de facilité. Maintenant qu’elle nous a laissé cet univers là, presque vierge avec des personnages aussi éclectiques les uns que les autres, les amateurs s’en donnent à cœur joie. Les personnages sont sous-traités dans l’histoire originale. Bella est chiante alors qu’elle a les capacités d’être un sale caractère, Edward est chiant alors qu’il pourrait être tellement plus intéressant, être autre chose qu’une belle-gueule. Je ne vous parle même pas de la capacité narrative des personnages secondaires comme Carlisle (qui a 400 ans, ALLÔ NON MAIS TU TE RENDS COMPTE DE TOUT CE QU’IL A VÉCU ET TU LUI CONSACRES DEUX PARAGRAPHES ?), Jasper (je vais me taire, je risque d’être violente mais pour résumer en quelques mots : soldat de la guerre de Sécession. Voilà), et puis les Volturi, l’histoire avec les Roumains, les Amazones, les Denali qui sont millénaires… Enfin bref, Stephanie Meyer tu avais de l’or dans les mains, tu as fait le minimum syndical et tes fans se sont emparés de la chose. Et heureusement.

Après, il y a les histoires que se déroulent dans un UA (Univers Parallèle) où très souvent les protagonistes sont humains et vivent des histoires banales. Et j’aime beaucoup ce genre d’histoires là, voir “ce que ça aurait pu donner si”. Parce que la fanfiction, c’est aussi répondre à cette question : “Et si ?”. Et si Bella avait été aveugle ? Et si l’un des parents de Harry Potter avait survécu ? Et si Jon Snow était un connard ? Et avec cette simple question, ce sont des millions d’univers qui s’offrent à vous. C’est ça qui est merveilleux.

La seule question qui peut poser problème cependant, c’est la question du droit d’auteur. Il n’y a pas vraiment de jurisprudence en France et c’est un peu compliqué dans le reste du monde, alors on se base sur les déclarations des auteurs, puisque leur parole est acquise comme « déclaration de droit moral ». Et là, on a quelques surprises : George R.R. Martin a dit quelque chose comme « oui mais non », Anne Rice a catégoriquement refusé à son époque qu’on reprenne ses œuvres, tandis que JK Rowling tient à rappeler que son histoire est avant tout à destination d’enfants et que donc les fanfictions, doivent garder cet aspect-là (je ris en pensant aux yaoi Draco/Harry).

Cependant la fanfiction ne se base pas uniquement sur un univers imaginaire. Comme je l’ai dit au début de cet article, on peut également écrire sur des personnes réelles et ce, sans danger ou presque. Bien évidemment, si vous décrivez une personne comme la pire chose que la terre ait jamais portée, vous vous exposez non seulement aux remontrances des fans qui peuvent être très violentes et à la personne en question qui peut vous attaquer en justice pour diffamation. Mais très souvent, les fanfictions de ce genre sont plutôt élogieuses sur tous les aspects (gentil, beau, drôle, beau, intelligent, beau et avec un grand pénis.)

Au niveau des maisons d’édition, les points de vue divergent. Certaines jugent que c’est de la concurrence déloyale, d’autres vont au contraire encourager leur production en organisant des concours pour relancer les ventes et la visibilité de leurs œuvres. Et bon, quand on voit aujourd’hui le nombre de fanfictions éditées qui font des chiffres d’affaires affolants, on se dit qu’ils ont trouvé le bon filon. Il y a une manière de redécouvrir l’histoire que l’on a lue sur le web quand on la lit sur papier.

Le caractère sexuel des fanfictions n’est pas non plus à écarter. C’est la partie cachée de l’iceberg. La fanfiction, c’est avant tout extérioriser ses fantasmes. On sait très bien qu’on ne pourra jamais passer de nuit passionnelle avec son personnage préféré dans une chambre d’hôtel au Château Marmont, alors on l’imagine, on l’écrit et on passe pour de grosses perverses. Principalement, parce que les gens sont coincés à l’idée d’évoquer leurs fantasmes en public. Et pourtant, ce sont ces fanfictions qui rencontrent le plus de succès. Il n’y a qu’à regarder 50 Nuances de Caca ou la saga After. Il n’y a pas de honte à lire des fanfictions avec des scènes sexuelles, dites-vous que 80% du temps, c’est mieux écrit que dans un roman de gare.

dear-you---saison-1-491281-250-400Aujourd’hui, des auteurs de FF tentent leur chance et quelques-uns réussissent, comme Emily Blaine dont j’ai lu l’histoire originale sur fanfiction.net et que j’ai retrouvée par hasard un jour au rayon livres de Monoprix. La fanfiction est utilisée par les maisons d’édition afin de promouvoir leurs histoires mais surtout leur « ouverture d’esprit » et je trouve ça fantastique. Certes, c’est un argument marketing mais ça permet de mettre en lumière cette pratique qui existe depuis des décennies (tout a commencé dans les fanzines avec Star Trek dans les années 1960) et ça permet de faire découvrir un nouveau monde mais surtout de nouveaux auteurs talentueux. Croyez-moi : j’ai lu des histoires merveilleusement bien écrites et j’espère de tout cœur que leurs auteurs pourront être édité(e)s un jour !

Alors, pourquoi cet article ? Pour vous dire que la fanfiction, ce n’est pas quelque chose dont on doit avoir honte. C’est quelque chose qu’on peut assumer parce que tout le monde la pratique, et au final, c’est un plaisir coupable qui n’est pas pire que le chocolat ou regarder Plus Belle La Vie. C’est quelque chose qui fait du bien sans vous faire de mal, c’est un moyen de s’évader rapidement vers d’autres univers sans quitter ceux que l’on connaît déjà. Je défendrai la fanfiction jusqu’à la mort et je me battrai pour que de meilleurs auteurs soient connus et publiés, que d’autres histoires connaissent la gloire qu’elles méritent. Vive la fanfiction libre, vive l’imaginaire décomplexé, vive les histoires libertaires et les communautés soudées !

Pour finir, si vous ne connaissez pas cet univers là, vous trouverez à la fin de cet article, une petite liste des sites où lire de la fanfiction et un petit lexique pour que vous puissiez le découvrir, ou simplement replonger dedans (avec perte et fracas). Attention, je ne vous garantis en rien de la qualité de ce que vous allez lire, mais j’espère vous avoir convaincus. La fanfiction, ce n’est pas un mal en soi, bien au contraire.

 

Allez, à tantôt sur l’internet,

— Sellylis

 

*Merci à Alixe pour son intervention et le partage de son savoir lors du colloque organisé par M. Valtat, que nous remercions également. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur la fanfiction sur son site.

Ce soir, sur France 4 à 23h30, une émission est consacrée à la fanfiction, “FanFiction, ce que l’auteur a oublié d’écrire”. Plus d’infos ici.

Pour lire de la fanfiction : 

 

 

Petit lexique abrégé de la fanfiction :

  • AU ou UA – Univers Alternatif / Alternative Universe
  • Slash – Couple homosexuel qui ne l’est pas dans l’univers original.
  • Yaoi – Scène de sexe homosexuelle ou histoire homosexuelle. L’équivalent féminin est Yuri
  • Ship – Deux personnages que l’on souhaite voir en couple
  • Lemon – Scène de sexe explicite.
  • Fandom – nom du groupe de fans
  • SPOIL – information sur la suite de l’histoire, qui contient généralement un élément hyper important, que vous ne vouliez pas forcément savoir.
  • Canon – Couple confirmé par l’histoire ou par l’auteur lui-même. Ex : Dans Twilight, Carlisle et Esmée sont canon, James et Esmée ne sont PAS canon.
  • FanArt – Dessin (le plus souvent) représentant un univers ou un personnage fictif.
  • Feels – trop plein d’émotion
  • Fangirl/Fanboy : un fan, un vrai de vrai.
  • Drabble – Fanfiction de moins de 100 mots.
  • OneShot – Fanfiction en un seul chapitre (équivalent d’une nouvelle)
  • Feels : signifie que vous ressentez beaucoup plus de choses pour un univers fictif ou un personnage inaccessible. Par exemple, j’ai personnellement eu des feels quand j’ai vu les dernières photos de Kristen Stewart pour Chanel mais c’est une autre histoire.

 

 

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