Pourquoi j’ai fait prépa et pourquoi j’y retournerais…!

Mes petits saumons, pour ceux qui me connaissent IRL et ceux qui ont lu tous mes articles, vous le savez, Tata Viny a fait la guerre… les deux années de prépa Lettres. Ah la prépa, mélange délicieux de souffrances et de souffrances, où au final, je retournerais volontiers. Quand le prof d’histoire nous disait « mais vous allez voir, ça vous manquera », qu’on rigolait, et qu’à présent, on se rend compte qu’il n’avait pas tort.

 

  •   Mais pourquoi j’ai fait prépa ?

Commençons par le début. Me voilà, âgée d’à peine 17 ans, je suis en terminale L, je suis une bonne élève et je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie. Journaliste, peut-être, enfin ça reste flou. J’ai donc 17 ans, et je dois choisir ce que je fais après le Bac… et moi je n’aime pas choisir. Je préfère tout garder. J’entends parler de la prépa, cet endroit affreux, où les élèves ne dorment plus, brisent leur couple pour pouvoir mieux travailler, arrachent les pages des livres pour que les autres ne puissent pas réviser…et je me dis que je n’y mettrai jamais un pied. Puis l’idée trotte dans ma tête, je finis par aller voir deux prépas durant les journées portes ouvertes : je réalise qu’elles ne sont pas toutes comme ça. Les profs ont l’air gentil, les élèves sont toujours vivants et plusieurs amies pensent postuler, je saute dans l’inconnu et je candidate.

Bon, après je me déteste un peu, puisque quand les résultats tombent et que j’apprends que j’ai été admise, je me rends compte qu’il reste à avoir le bac. Oui, c’est le côté pervers, le double effet kisscool: si tu n’as pas ton bac, non seulement tu n’as pas ton bac mais en plus en plus tu n’as pas ta prépa. Bref, la joie et la félicité.

J’ai mon bac et je deviens hypokhâgneuse (petit nom des gens qui sont en première année de prépa : l’hypokhâgne).

 

  •  Mais qu’est-ce que quoi la prépa Lettres ?

Contrairement à ce que vous pourriez penser, la prépa Lettres ce n’est pas forcément la prépa que tu peux faire quand tu sors d’un bac L. Enfin si, mais pas que. Oui, parce qu’autant toi, tu auras du mal à entrer dans une prépa maths-physique à la sortie de ton bac L spé anglais, mais sur les 40-48 élèves d’une hypokhâgne, tu peux trouver des anciens S, des ES, et même des rescapés de la fac, si, si, ça arrive.

Bref, on met tout ce petit monde dans une même classe et là, on attend.

 

  •        An 1 :

La première année, c’est l’année la plus générale, il n’y a pas de vraie spécialisation, seulement de légères variations d’emploi du temps selon ta LV2, et tes langues anciennes. Moi j’ai dû apprendre le latin en un an dans une classe où il y avait des gens qui étaient à leur 5e année de pratique, autant vous dire que ça m’a fait tout drôle. Même si ma moyenne depuis le lycée, ainsi que toutes mes notes,  a été divisée par deux, ce qui là aussi fait tout drôle, c’est l’année qui m’a le plus plu. Il y a encore de l’histoire, de la géo, de la philo, de l’anglais, le tout sur des sujets qui ne sont pas abordés au lycée. Par exemple en géographie, on a passé un an sur la Turquie et c’était formidable. Une fois que tu as intégré qu’au-dessus de 7 c’est une bonne note, que tu n’auras jamais au-dessus de 12 (qui est le nouveau 19.5) et que tu peux faire une méga grosse croix sur ton sommeil, c’est pas si terrible. Oui, car TOUS les samedi, tu as des devoirs: 8h – 13h : dissertation sur table – surtout ne pas oublier son goûter.

C’est un rythme éreintant, je ne vais pas vous mentir, surtout quand tous les copains sont en L1 et ont 16h de cours par semaine. Toi tu en as le double, les samedis matins, et des khôles…  Ah les khôles, ces petites interros à préparer en une heure dans une salle pour aller ensuite raconter en 30 minutes ce que tu as fait au professeur qui te regarde galérer à essayer de répondre à « Pourquoi des héros ? ». Après ma toute première khôle, qui était une khôle d’histoire sur « Les paysans au XVIe siècle », et qu’à l’annonce de ma problématique « Quelles sont les caractéristiques des paysans au XVIe siècle ? », le monsieur m’a dit « Ah mais ça ce n’est pas une problématique, si vous remplacez paysans par choucroute ça fait pareil », j’ai pleuré toute la soirée. Mais au bout de deux mois, j’ai commencé à prendre le rythme, j’ai rencontré des gens formidables, et surtout j’ai appris à travailler intelligemment. Et à lire en diagonale, parce que tu as une liste de livres à lire qui fait la taille de l’Alaska et qui va vider ton PEL.

 

  • An 2 :

La deuxième année, on se spécialise : j’ai choisi l’option Lettres Modernes, notamment parce que le professeur était fantastique, et parce que malgré mes notes douteuses, aller en cours avec lui était un plaisir. Je n’étais pas intéressée par le concours de l’ENS ( le concours de l’École Normale Supérieure que chaque élève doit tenter, mais il y a une bonne partie de gens comme moi qui y sont allés la fleur au fusil), moi j’ai toujours été là parce que j’aimais apprendre. Donc j’ai fait l’année avec ce stress en moins (littéralement, pendant le concours, avec les filles, on n’a pas révisé, on a fait du tourisme à Paris). Et puis entre nous, un concours où il y a 4000 candidats pour une centaine de places, très peu pour moi.

En plus, les khôles se préparaient toutes à la maison, donc c’était bien mieux que de devoir plancher comme un perdu dans une salle pendant une heure en se demandant ce qu’on allait bien pouvoir raconter, et il n’y avait plus d’exams le samedi matin : un vrai week-end, le rêve quoi. Mais en contrepartie, tout était plus axé sur le concours, et quand on en a pas grand-chose à faire…

Après la prépa, je suis partie directement en 3e année de fac, et j’ai enquillé sur une double licence Lettres-Anglais, parce que je ne voulais toujours pas choisir. On ne se refait pas.

 

  • Ce qu’il en reste :

Malgré tout le sommeil perdu pendant deux ans, les sales notes et les crises d’angoisse avant les exams, j’ai tellement appris durant ces années, et surtout sur moi-même. Je n’ai jamais visé l’ENS et avec le recul, je réalise que si j’ai tenu les deux ans, c’est parce que, outre les amis géniaux et une colocataire sans laquelle j’aurais abandonné deux fois par semaine, une fois que l’on a compris que l’on ne travaille que pour soi, on a la possibilité de ne garder que le meilleur : la culture des profs. Ça, la capacité à ficher un livre en rattrapant deux saisons de Game Of Thrones, à écrire des pages sur n’importe quoi “les catholiques et la politique française 1830-1870 » j’ai fait six pages, pour un paragraphe de cours) et la capacité à faire des plans de dissertation au poil en cinq minutes top chrono.

Bref, j’ai fait une prépa Lettres, et si je devais y retourner, je le ferais sans hésiter !

— Viny

5 réflexions au sujet de « Pourquoi j’ai fait prépa et pourquoi j’y retournerais…! »

  • Hello,

    Merci pour cet article ! Il m’éclaire enfin sur ce qu’est l’hypokhâgne.
    Les prépas sont une chose inexistante en Belgique et même si j’avais entendu parler de ces choses, je n’en avais jamais lu de description précise. Merci pour ma culture : )

    Que fait l’hypo qui s’est perdu dans les bois ? Il campe.

    Je constate toutefois un parallèle troublant avec la Russie du début du 20ème siècle :
    Si j’ai bien compris, au Khole on cause ? Et au Kolhkoze si on ose glander on morfle. C’est pas Staline qui me contredira. Sous oublier, bien sur, toutes ces larmes qui charrient dans leurs roulades désespérées sur les joues des filles, le khol noir des mines de celles qui, cernées par le travail, s’épuisent.

    Que fait l’hypo qui a toutes les bonnes réponses au trivial poursuit ? Il khagne facilement.

    A moins qu’il s’agisse d’un philosophe grec ? Hypokâgne, disciple caché de Protagoras qui était surtout connu pour son amour des paysans du XVIème siècle. Ah non attend … ya un problème.
    Peut-être une sorte d’alcool ? Hypokhâgne, alcool qui empêche de dormir, surtout reconnaissable à ces trois X sur la bouteille.
    Un nouveau mot branché ? Hypokhâgne : se dit d’un hipster qui a coupé sa barbe mais pas ses favoris et qui porte des chemises à motifs en losange. ( Le carré est un losange, mais le losange n’est pas un carré. C’est important).

    J’ai juste une question sérieuse : Ça remplace les deux premières années de fac c’est ça ? Et c’est plus dur que les deux années normales ?
    Et finalement tu t’es fixée sur une matière plus précise ?

    • Hey Than,

      Les bras m’en tombent devant tant d’habilles babillages. Ou devrais-je dire ballants ? Je débute dans les arts du blabla, aussi je préfère battre en retraite et m’incliner bien bas devant ton verbe 🙂

      Pour répondre à tes sérieuses questions, tout en te remerciant d’avoir joué si bien du clavier :
      Oui ça remplace les deux premières années de fac, voir même une licence si tu décides de refaire la deuxième année (souvent dans l’optique de retenter le concours) et ça s’appelle khûber. Dans ce cas tu peux postuler à un Master, mais il faut que l’université soit d’accord et que tu sois capable de suivre le rythme, et pour l’avoir fait, passer de prépa à fac, c’est loin d’être « finger in the nose ».

      Pour revenir sur le commentaire de lafacc’estbiencommemême, c’est différent. Déjà, c’est sélectif, donc c’est plus difficile d’y entrer, ensuite, à l’intérieur, c’est une autre discipline, contrairement à la fac, tu es extrêmement encadré, donc ce n’est pas la même autonomie que tu dois développer. Les devoirs sont faits sur des périodes plus longues : 5h pour la première année, 6h pour la deuxième. Du coup, on ne va pas te demander le même type d’exercice qu’en 2h ou 4h. Par exemple sur un commentaire littéraire, on attend de toi de ne rien oublier et de tout approfondir, puisque tu as, théoriquement, le temps de t’y pencher longtemps.
      J’espère que c’est un peu plus clair ^^

      Marinièrement tienne,

      • Merci de ta réponse : )

        Khûber ? C’est pas possible ? Tu viens d’inventer ce mot juste pour me faire plaisir ?
        C’est tout un horizon de mots nouveaux qui s’ouvre à moi. C’est comme si l’hypokhâgne était un prétexte pour rajouter des  » h  » et des  » ^  » à plein de mots.
        Celui qui recommence la première année il « re-dhûble » ?
        Celui qui réussi avec des notes exceptionnelles il a une grande « Dhistînksion » ?
        C’est génial, ça va m’amuser pour toute la soirée. Je me rend compte en me relisant que je peux donner l’impression de me moquer. Mais pas du tout, c’est du véritable enthousiasme.

        Je comprends mieux maintenant de quoi il s’agit. Finalement c’est une voie alternative, avec d’autres atouts et d’autres faiblesses. Et si je comprends bien, en sortant du bac, il faut se connaitre, et en fonction de ça on va plus vers une prepa ou plus vers une fac. C’est bien d’avoir le choix.
        Personnellement je ne me suis pas du tout plu en fac, et peut-être que si je l’avais abordée de cette manière j’en garderais un meilleur souvenir.

        Merci d’avoir relevé mes modestes jeux de mot. Et merci de l’écho que tu leur a apporté, c’était généreux de ta part. Je ne suis pas sur qu’ils méritaient tant d’attention.

        Mhârinièrement tiens, (pardon xD)

  • Il serait intéressant d’avoir une vision moins monoculaire des études et de comparer ton expérience de prépa aux deux premières années de fac d’un autre élève. Histoire de sortir du discours un peu convenu de « la prépa, c’est un peu ma guerre du Vietnam gamin, j’en garde des cicatrices mais j’en sors grandi » et tenter de mettre les choses en perspective. La fac a ses propres défis, peut être moins reconnus, mais d’autant plus méritoires quand il s’agit de s’imposer seul une rigueur non demandée-encadrée-encouragée et contrôlée par une institution. Sans vouloir dévaloriser l’expérience prépa, il est un peu fatigant d’entendre qu’un étudiant d’université n’a que 16 heures de cours par semaine en première année (hum ?) et de sans cesse minorer l’apport d’autonomie, la nécessité de curiosité, de recherche, d’adaptabilité qu’un étudiant d’université acquiert tôt et qui le prépare – différemment sans doute – à être un bon chercheur/professeur/humain. Bref l’éloge de l’un ne passe pas nécessairement par la critique de l’autre. Cela dit je comprends que l’expérience soit difficile, qu’il soit salutaire de s’en plaindre, et que l’on soit nostalgique d’une époque révolue où feu-soi même – nous nous surpassions intellectuellement.

    Sinon, et malgré ce discours boudeur, je vous soutiens dans ce beau projet qu’est Renards Hâtifs (et espère que la remarque est un minimum constructive.)

    • Mon cher Lafacc’estbienquandmême,
      Je suis très tout-à fait d’accord avec toi. La Fac c’est bien et j’ai eu d’excellents professeurs de fac, à qui je dis encore merci pour ce qu’ils m’ont apporté. Je comprends que le point de vue de l’article peut laisser penser que je dénigre la Fac, et ce n’est pas le cas – je compte d’ailleurs faire une suite à l’article (mes doubles licences, la fac et moi), pour expliquer que la fac c’est également très dur, mais pas de la même manière. Par exemple ce ne sont pas les mêmes types d’exercices qui sont demandés. De la même manière, chaque Renard à un parcours différent, et je pense qu’un article « j’ai fait une Licence de … » arrivera bientôt.
      L’idée de la rubrique « Lettres=Chômage ? », c’est d’essayer de montrer le plus de voies possibles, et j’ai choisi de montrer la mienne, sans vouloir dénigrer la Fac, mais plus dans l’optique d’un « la prépa ça peut être une possibilité ». Personnellement je n’aurais probablement pas réussi à l’université, parce que je manquais d’autonomie à l’époque. Ça mêlé à une certaine procrastination… Du coup après avoir terminé de mûrir (ma chère rédac chef me fait remarquer d’un air narquois « genre t’es mûre toi », et c’est donc vexée que je vais retourner regarder la saison 6 de « mon petit poney » dès que j’ai fini de te répondre), j’ai pu aller à la Fac avec cette autonomie acquise.
      Remarque constructive et entendue donc :), et merci pour le soutien !

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