Jobs de Renards #3

Alors, qu’avez-vous pensé de ces expériences ? Pour cette dernière semaine, ce sont Pasto, Sellylis et Hatanna (nouvelle recrue chez les Renards !) qui évoquent les leurs. En espérant que les Renards ont participé à vous faire découvrir de beaux métiers !


Cet été, alors que mes camarades Renards parcouraient les couloirs de leurs librairies respectives, je me suis contentée de fusionner avec mon canapé. Nous avons vécu tous les deux des moments de complicité incroyables, devant des séries, des films, à lire des livres ou à caresser le chat. Nous étions pour ainsi dire inséparables !

Bon, je mens un peu. Certes, j’ai passé beaucoup de temps dans mon canapé, mais ce n’était pas à rien faire. J’ai écrit, fait des recherches, découpé, décortiqué des rushs, monté, post-producé… Je me suis même rendue à Lyon avec mon cher Godefroy, et nous avons arpenté la région Rhône-Alpes caméra au poing. Mais tout ça, je ne peux pas vous en parler encore. Ça reste pour l’instant un secret très bien gardé.

Mais alors, qu’ai-je fait d’autre que je pourrais vous raconter ? Comme j’avais quand même un peu besoin d’argent, j’ai proposé mes services en extra dans un restaurant et dans la librairie où j’avais travaillé pendant l’année. C’est donc de cela que je vais vous parler. La librairie hein, pas la restauration, je doute que cela vous intéresse (bien qu’il est très impressionnant de me voir valser, sautiller et onduler avec trois assiettes dans les mains pour éviter toutes les embûches qui se dressent sur mon passage).

En réalité, c’est moi qui ait lancé chez les RenardsHâtifs la mode de travailler en librairie en entamant un stage en octobre dernier (rendons à Pasto ce qui appartient à Pasto). Et comme je suis très douée dans ce que je fais, on m’y rappelle régulièrement pour filer un coup de main (non, ce n’est pas la modestie qui m’étouffera). Et comme je ne fais jamais rien comme tout le monde, c’est dans une librairie/salon de thé anglophone que j’ai choisi de travailler.

Avec mon expérience dans la restauration, le côté salon de thé était plutôt facile. Par contre, pour ce qui est de la librairie, c’était ma première expérience. Et j’ai beaucoup appris ! Aujourd’hui, je suis un peu la patronne, je connais médialog [1] sur le bout des doigts, et je range les étagères comme personne. Mais Rome ne s’étant pas faite en un jour, il a fallu apprendre tout ça, et ce n’était pas facile.

L’un des aspects les plus compliqués, c’est le dialogue avec les fournisseurs britanniques ou américains. Du moment qu’on en reste aux emails, c’est assez facile, plus qu’avec les français d’ailleurs, puisqu’on a pas besoin de toutes ces formalités et ces phrases en grande pompe juste pour dire « Les livres sont arrivés abîmés, remboursez nous, parce qu’on est pas content ! ». Par contre, quand il faut leur téléphoner directement, ça peut devenir compliqué… Déjà que le combiné déforme un peu les voix et qu’il peut être difficile de comprendre même sa maman quand elle passe par les ondes, imaginez un peu ce que ça donne lorsque la personne au bout du fil a un très fort accent irlandais, écossais ou encore indien (la délocalisation des SAV n’existe pas qu’en France et les anglophones redirigent non pas les appels dans les pays du Maghreb mais en Inde). Et là, croyez moi, il faut se concentrer très fort pour tout saisir et ne pas demander à la pauvre personne avec qui vous conversez de tout répéter à chaque fois (parce que ça doit grave les faire chier quand même).

Travailler dans une librairie anglophone peut parfois rendre un peu schizophrène du langage. D’abord parce qu’avec mes collègues américaines, je parlais un franglais assez étrange. Mais aussi parce lorsque quelqu’un rentre dans la boutique il n’est pas toujours aisé de deviner sa nationalité et donc sa langue maternelle. On se retrouve donc à souhaiter un « Bon morning ! » aux clients, à commencer à parler en français à une personne et continuer avec la suivante qui n’en comprend pas un mot, ou inversement.

Mais il y a beaucoup (principalement) de bons côtés à travailler dans une librairie anglaise. L’un de mes préférés, c’est de conseiller les clients. Évidemment, c’est le travail de tout libraire, mais cela prend une saveur toute autre ici. J’ai très souvent eu affaire à des personnes qui souhaitaient progresser ou même apprendre l’anglais, au delà du « Hello, my name is X… » qu’on nous enseigne à l’école. N’étant pas une grande adepte des méthodes, je n’en ai jamais conseillé. Selon moi, la meilleure manière d’apprendre une langue c’est en s’y confrontant directement. Ainsi, je propose des versions simplifiées ou des livres bilingues, mais mon vrai conseil (et aussi mon petit plaisir) c’est de glisser discrètement dans les mains des clients des romans jeunesse de Roald Dahl. Quelle formidable manière d’apprendre l’anglais ! Avec le temps, je me suis fait une petite liste de romans faciles pour débuter de tous genres et pour tous les goûts (parce que je sentais bien que certaines personnes n’étaient pas hyper emballées à l’idée de lire un roman pour enfant).

Travailler avec des livres, c’est très différent, c’est une ambiance toute particulière et c’est formidable ! Le plaisir d’ouvrir les cartons des réceptions ; ranger les étagères pour être sûre que chaque auteur est à sa place, Ernest Hemingway bien au chaud entre Thomas Hardy et Aldous Huxley ; conseiller discrètement son livre ou son édition préféré à un client…

Si je me vois faire ça toute ma vie ? Quelle question. Évidemment.

— Pasto

[1] Logiciel de base de données utilisé par les libraires pour organiser leur stock, leurs commandes…


Depuis toute petite, mon rêve c’est de travailler dans une librairie. Mieux, de posséder ma librairie. Depuis mon plus jeune âge, ma vision de la chose a constamment évolué : librairie-bar à cupcake, librairie-bar à vin, librairie-bar à jeux, librairie toute simple, librairie de village, librairie-bar à bière… Les idées ne manquent pas. Cependant, j’avais beau être pleine de rêves et de bonnes intentions, je n’avais jamais eu l’occasion de faire l’expérience du travail en librairie, que j’avais en soi, pas mal fantasmé.

Non, être libraire ce n’est pas lire douze livres par jour derrière un comptoir, recevoir de beaux inconnus avides d’entendre mes avis d’experte sur les dernières nouveautés et discuter de la fin du dernier polar tête des ventes avec une vieille copine devant la caisse. Il fallait remettre de l’ordre dans mes idées et surtout dans mes idéaux.

Je viens d’une petite ville du Sud de la France où il fait bon vivre, où la population a majoritairement plus de 65 ans et où tous les commerces sont hors de prix. Tous ? Non ! Une petite boutique d’irréductibles libraires tient tête à l’envahisseur bobo-parisien estival.

La librairie Baba-Yaga est implantée dans ma ville depuis plus de trente ans, et c’est la dernière en place (outre un revendeur de livres d’occasion, mais bon). C’est un monument chez moi, les gens sont fiers de cet endroit. Elle est idéalement située d’ailleurs, face au port, sur la place de la mairie, entourée de cafés, sur le chemin de la plage et du marché, donc l’un des endroits où il y a le plus de passage. Au premier abord, on peut se demander si c’est vraiment une librairie puisque l’entrée est cachée derrière un patio rempli de présentoirs de cartes postales. Et puis on rentre. Et là, je perds tout mon chill. L’endroit est un grand couloir recouvert de livres en tous genres et qui représentait tous mes fantasmes de gamine réservée. Un genre de bordel organisé, avec des piles de livres un peu partout, des étagères remplies à ras-bord et tout au fond, le coin enfants et ados qui fait pétiller mes yeux depuis que je sais lire et marcher.

C’est là-bas que j’allais chercher mes Tom-Tom et Nana accompagnée de ma grand-mère ou que je suis allée acheter amoureusement mes tomes d’Hunger Games quand j’étais au lycée. Bref, j’ai une histoire avec cette librairie, un peu comme tout le village qui gravite autour.

Pour mes études, j’avais besoin de faire un stage pour valider mon année. Et, en y réfléchissant bien, Baba-Yaga s’est imposée à moi. Je n’avais plus qu’à me faire accepter. C’est alors que, armée de mon plus beau sourire et de mon joli CV, je suis allée me présenter. Et que la gérante m’a dit oui. Après tout, un peu de main-d’oeuvre ça ne se refuse pas et puis, j’ai l’air d’une bonne petite. J’étais très contente.

Au final, je ne vais pas m’éterniser sur le stage en lui-même. J’ai sensiblement eu les mêmes activités que mes camarades, notamment au niveau du rangement puisque le magasin venant d’effectuer des travaux pour agrandir sa réserve j’ai longuement aidé au rangement des doubles des ouvrages en arrière-boutique. J’ai également porté pas mal de cartons qui étaient entreposés dans les escaliers de l’immeuble qui abrite le commerce pour les remettre à leur place. J’ai aussi aidé à la préparation de la saison estivale et donc j’ai appris à faire des tables de présentation. Puis bon, rangement, ménage, vente, rangement, conseil, rangement, et rangement de carte postales.

S’il y a bien une chose qui m’a marquée dans cette expérience chez Baba-Yaga, c’est la fidélité des clients. Comme je le disais plus haut, c’est une librairie de village qui a plus de trente ans d’existence. C’est énorme. C’est un endroit culte de la ville et les clients sont certes, souvent de passage entre mai et septembre, mais le reste de l’année, les clients sont des sédentaires. Et ils savent exactement où ils mettent les pieds.

Ce qui m’a fascinée, c’est voir des personnes entrer dans la boutique et demander où se trouvaient Fabienne, Véronique ou Marie-Odile, les libraires, pour leur demander conseil. Combien de fois m’a-t-on demandé « Mais, vous ne savez pas quel a été son dernier coup de cœur ? ». Les clients connaissent les goûts de leurs libraires et inversement. Et les échanges se font comme ça. Les libraires font des sélections en fonction des clients. Elles savent, elles connaissent et maîtrisent leur art, et c’est incroyable.

Au fur et à mesure du stage, j’ai réussi moi aussi à croiser à plusieurs reprises des clients et à les conseiller. La consécration est arrivée quand une dame est revenue en me disant qu’elle avait « a-do-ré » le livre que je lui avait conseillé. Et c’est là que j’ai su que je voulais travailler dans ce milieu-là.

Au final, ce stage m’a beaucoup apporté. J’ai pu revoir un des lieux importants de mon enfance tout en passant de l’autre côté du miroir. J’ai également pris conscience des problématiques dues à la difficulté de gérer une librairie indépendante, mais aussi de tous les enjeux positifs que cela implique : fidélisation du client, liens noués avec les prestataires, le plaisir de travailler et de partager sa passion. Et je remercie encore une fois, du fond du cœur, ces trois femmes en or qui m’ont appris des tas de choses et avec qui j’ai adoré apprendre et discuter.

— Sellylis


Riches et variés sont ces métiers qui nous font parfois rêver. C’est le cas notamment des métiers du livre. Un des temples du savoir livresque se trouve être une bibliothèque. Et quel plaisir avons-nous d’en créer une selon nos propres idées ! En effet, cet été un projet a vu le jour, la création d’une bibliothèque associative de village initié par « Vivre en harmonie à Rustrel ». « Au début, il n’y avait rien, et de ce rien… » Il est vrai que pour seule base de départ nous avions à disposition… des livres. Étrange n’est-il pas ? Des caisses et des caisses de livres, non triés pour la plupart, ainsi que certains déjà déposés au pifomètre sur les étagères. Il a donc fallu procéder par étape. Premièrement, référencer chaque titre par nom et prénom d’auteur sur un tableur Excel. Simple mais efficace et diablement long. Ainsi, une fois les 3 000 ouvrages intégrés au logiciel, il a fallu les ranger par catégories, celles définies au cours du référencement, et les ordonner alphabétiquement. Après de nombreuses heures de dépoussiérage et de prises de tête – certaines personnes ont du mal avec les vingt-six lettres de l’alphabet dont nous disposons – la bibliothèque a ouvert ses portes le 3 septembre dernier. Bon nombre d’habitants du village ont trouvé l’œuvre accomplie tout à fait titanesque.

Pour ce qui est de la décoration nous pouvons remercier les éditions benjamins-média qui ont accepté de nous envoyer des affiches de leurs titres. Poèmes, citations et autres dessins et collages sont venus également égayer le lieu.

Situé à côté d’un presbytère, cet espace culturel souhaite accueillir tous les âges. En effet, une partie jeunesse vient compléter les romans, polars et autres essais. Elle se trouve au fond du local et accueillera prochainement des lectures le samedi après-midi. Les événements sont actualisés sur la page Facebook de la bibliothèque ainsi que sur le site.

Que rajouter de plus si ce n’est qu’une passion pour le livre imprègne chaque centimètre carré de cette entité. Du cœur à l’ouvrage et du temps consacré à ce qu’on aime, voici le secret d’un épanouissement certain.

Le mot de la fin revient à Cicéron, homme d’État et auteur romain, « Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut. » J’ignore si vous possédez un jardin, mais ici nous vous proposons la bibliothèque. Ce n’est pas si mal pour débuter.

— Hatanna

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