Le Kikoolol des Belles Lettres – Entretiens avec le Professeur Y, de Céline

Disclaimer : Cet article s’inspire librement des « Boloss des Belles Lettres », un projet de vulgarisation littéraire qui présente les grands classiques avec le jargon des jeunes de la rue.
Retrouvez « Les Boloss des Belles Lettres » sur leur Tumblr 1, en livre dans votre librairie, ou bien sur France 5 dans une émission présentée par Jean Rochefort 2.

Dans le fort Gallimard t’as Gaston, le patron, y dit à mister Céline “Sérieux la session Call of Duty zombies nazis c’est fini, dans le milieu on te traite de fdp, t’aurais pu fermer ta gueule et te la jouer Secret Story. Dire les homos et les juifs c’est de la merde, c’était bad buzz assuré, t’es pas Dieudo ou Soral à pouvoir surfer sur des shitstorm à gogo comme Brice de Nice, en plus t’es cassé depuis le Voyage au bout de la nuit. Tu dois rebooter ta carrière mec, le bouquin game c’est serious business chez Galli, comme l’alligator, donc tu vas rapidos shaker ton boule façon Nicki Minaj chez Canal ou Touche pas à mon poste pour passer top des ventes Amazon fonce-dé Marc Lévy et Marie Lopez, comme ça, ça imprimera un peu d’oseille, parce que c’est pas la maison de Mickey ici, ton mécène fétiche est à sec de coke et de gigolos.”

Céline y s’en fout un peu, mais comme c’est pour le travail, y pense pense pense comme Winnie tu vois. Y se trouve cheum comme un cul, donc il est pas chaud pour chauffer la grande librairie, en plus c’est so bobo. Après y se dit, avec sa voix, y passe crème aux casseroles de la Nouvelle Star, donc pareil, la radio c’est cramé. Bref, pépé y complexe, il est perdu, mais le gars c’est Harrison Ford: c’est un bad boy marrant, du coup il a une “idéâs3, comme qui dirait, “formidâââââble4 à la sauce Stromae. Il te pond un pavé, c’est Entretiens avec professeur Y. Déjà, t’es ptdr: pourquoi “Y” c’est pour faire comme les Pokémon X/Y ? C’est un truc de nerd. Après t’ouvres le bouquin, tu comprends pas plus le délire du prof en fait, c’est une grosse connerie. Céline y s’invente un ami imaginaire façon Fight Club. Dans la vérité vraie, le prof c’est un pseudo que Céline donne à son nouveau poto, c’est le colonel Réséda, un nul qui dit “oui oui oui” comme Francky Vincent pour son zizi. C’est un gros spoil mais tkt frère, c’est pas Game of Thrones, tu vas pas en mourir.

Entretiens, ça commence sur un craquage de slip total. Pour Céline, c’est apocalypse now: plus personne achète de bouquins à part le Victor Hugo du petit frère à la rentrée, la fanfic Twilight à la mode pour tata, ou le Harlequin pour caler ton meuble Ikéa, et encore, les mecs y sont radins, y piratent même les pavés avec leur Kindle reçu à Noël pour dilapider leurs tunes dans des conneries comme des Mcdo, le dernier Fifa sur PS à 70 boules, ou un ticket sans reduc’ pour Aladin de Kev Adams au Gaumont de la Com’. Et ça, ça fait mal à Céline. Il a le seum, y se dit être écrivain, c’est pas Crésus, c’est plutôt clodo-party. Éditer tes bouquins, t’as l’impression c’est Hunger Games en mode hardcore, sauf si tu couches ou si t’écris des Fanfics One Direction sur Wattpad. Céline dans le délire, il leak la conversation qu’il a eu avec Gaston façon Snowden pour justifier qu’il va reprendre la place du king et s’faire interviouwer 5 (v-i-o-u-w-e-r), comme il dit, parce qu’il écrit comme il veut il s’en balek.

Du coup Céline, y cherche un inteviouweur, il check du côté de chez son copain Paulhan, un vrai fonctionnaire le gars: il est en arrêt maladie une semaine sur deux, sous les tropiques, Pulco à la main, donc c’est mort. Alors il continue, il a une liste plus longue que Schindler. Il match et date avec un gars qui peut pas le piffer. Le prof Y il le retrouve au square des Arts et Métiers, noté 3,8 étoiles sur 5 sur Google Maps. Peut mieux faire, mais ça va. Ils se posent, pas trop de monde autour, ils commencent l’interviou. Le problème, c’est que le prof-colonel est flippé à mort, il a cru qu’il est tombé dans Man vs Wild, du coup il pose pas de questions. Céline lui fonce dans le lard, il le troll sévère en parlant de Gaston patron, l’autre tu lui dis Gaston, dans sa tête, c’est le méchant de la Belle et la Bête qui danse sur Golimar, le Michael Jackson de Bollywood. Il a trop peur que son manuscrit soit squeezé par la NRF, comme au Maillon faible, du coup il se met à parler politique. Céline lui répond “lol, nope. T’as vu mon CV gars, je suis pas Zemmour”. Il reprend direct sur sa prose, et ça parle enfin bouquins.

Céline, c’est le narcisse des temps modernes. Il adore se toucher comme Michael Vendetta pour dire qu’il écrit trop bien. Il appelle ça le “rendu émotif”. C’est pas une option sur Photoshop, ou un filtre sur Instagram, ça veut dire qu’il écrit comme il parle, sans utiliser Siri. Céline il est gavé fier de lui, tu vois son level de fapperie une question sur deux. Il parle de son style, même si colonel te parlait de la crise économique ou des chocolatines. Bien sûr, les deux parlent pas que de ça. À un moment ils passent aux prix littéraires, et tous ces trucs qui te permettent de remercier papa maman devant un public consanguin, et surtout de récolter un gros chèque comme avec ta mention TB au bac. Eh beh Céline, il dit que les académiciens ils sont pas cons pour décrocher les prix. Sa théorie, c’est qu’ils ont une machine, t’appuies sur un bouton, et paf ça fait des Goncourts, comme il pleut des Chocapics. Le problème, c’est que tous les bouquins se ressemblent, c’est l’attaque des clones, et t’as un peu l’impression de manger du surgelé Picard. Après, comme les cocos ils sont chaud, ils discutent des chromos – c’est pas la nouvelle update de Google Chrome, c’est un bouquin nul comme les Nuances de Grey, tout le monde crache dessus, tout le monde l’achète quand même, même si t’en viens à le refourguer à ta pote que t’aimes pas trop parce que t’assumes pas de l’avoir dans tes toilettes à côté du PQ. Les chromos, Céline, ça le fait bien rire. Il dit que pour en pondre un bon, tu dois pouvoir le lire en dormant, et tu débloques même un succès si tu peux faire ronfler les gens avec. Par contre le Céline, si tu dois pas le chauffer sur un truc, c’est sur le plagiat. Le gars il s’est pris une shitstorm violente sur les réseaux à cause de son antisémitisme, il est parti en prison, et t’as des mecs qu’ont fait des copier/coller de son voyage pour en sortir des copies chinoises. Ça le rend gavé vénère ces judas comme Mathpodcast, ce mec qui repompe des vidéos américaines vieilles de quelques années pour se faire un max de biffe. Céline, sérieux, il en est sorti “choqué et déçu”.

Un moment dans l’histoire, tu piges plus trop, tout part en cacahuète, ça se transforme en épisode d’Adventure Time, tout le monde rapplique pour voir le truc. D’ailleurs, le colonel traîne une violente envie de pisser sur trente pages. Céline y dit d’abord c’est pas possible, même avec la carte Kiwi, go te vider poto. L’autre y fait ça, y revient, y parle de sa prostate random, y repart, y revient, le gars arrête de se toucher la nouille deux secondes, et tu sais pas pourquoi, ça reprend pire qu’une cystite. Alors Céline y lui dit “tu veux pas retourner faire la vidange”, mais taquin qu’il est, cette fois, il le bizute un peu, y fait exprès de parler de Pascal, de l’amour, des trucs bien relous pour retarder son pote d’aller pissou, mais pas de bol, le débile se fait dessus. Même si t’hésites à dire qu’il mouille peut-être comme une fangirl devant Michael Fassbender, en fait c’est là que le délire prend sens. Au début, colonel y détestait Céline, maintenant c’est digne d’une fanfic yaoi: il tombe inlove de son senpai à force de boire les paroles qui sortent de son métro magique. Ah oui, ce truc c’est comme le bus magique, mais ça défonce tout sur son passage. Le Céline il balance cash qu’il enfourne tout le monde avec. C’est un genre de mixeur géant où tout peut entrer, et c’est avec ça qu’il écrit des trucs rigolos. C’est toujours dans le même délire que son rendu émotif, il s’en lasse pas.

Plus ça va, plus l’interviou vire en Dîner de cons : Céline raconte n’importe quoi, il se touche encore sur son style pour lustrer sa vitrine, et bon, ils parlent plus du tout de bouquins. Céline prend le colonel pour M Pignon, il le balade dans le square, l’autre pète un plomb, et le duo fait Into the wild dans Paris à la recherche du Gaston perdu. Ça se finit sur un Game Over du colonel qui finit en crise de parano face au talent de Céline qui a perdu son interviouweur et croit pouvoir retranscrire de tête 120 pages d’interviou. Comme les journées de Sodome avec la méthode troubadours, Céline c’est le mec qui te case à l’aise des mots comme “loufer”, “caca”, “goder”, “jean-foutre”, “ovaire”, et compagnie. Il se tape un délire monstre, t’as l’impression que c’est “smoke weed everyday”, mais ça reste excellent, bien écrit, intelligent, il se fout du monde du livre et de l’édition, ça clash, c’est classe, c’est badass, c’est Entretiens avec le professeur Y.

 

— Godefroy

 

Notes

1 http://bolossdesbelleslettres.tumblr.com

2 http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-videos/p-24617-Les-Boloss-des-Belles-Lettres.htm
3/4/5 Entretiens avec le professeur Y, Céline, Folio n°2786, p. 19

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