Le miroir #4

CHAPITRE 4

Résumé du chapitre précédent :
Un baiser est venu concrétiser cette relation pleine de passion qu’entretiennent Paige et Evan. Une belle histoire d’amour a commencé grâce à lui, et elle est loin d’être terminée…

Attention : ce texte contient un passage érotique.

Cela faisait maintenant un mois que nous sortions ensemble. Un mois depuis ce baiser qui avait scellé notre relation. Pour certains ce n’est pas grand-chose, à peine une trentaine de jours, mais pour moi c’était tout un monde. Je connaissais enfin l’amour et ce que tout cela impliquait. Transporté dans un tourbillon d’émotions toutes aussi fortes les unes que les autres, je ne voyais plus le temps passer. On ne passait pas énormément de temps ensemble pourtant, nos emplois du temps étant complexes à faire coïncider, mais chaque moment était une parcelle de bonheur que j’adorais collectionner.

Ce vendredi soir, je le retrouvais après le travail. Il m’attendait au même endroit chaque semaine, expirant la fumée de sa cigarette d’une façon beaucoup trop sensuelle et me regardant ensuite avec des yeux pétillants. Quelques pas, puis un baiser fugace. Il savait que je n’aimais pas trop être démonstratif en public, alors souvent il se contentait d’une simple accolade, mais parfois, comme aujourd’hui, il aimait tenter un geste plus osé. Je suis certain qu’il adorait voir à quel point je pouvais rougir facilement et il me murmura à l’oreille qu’il trouvait mon air gêné charmant. Je levai les yeux au ciel avant de me mettre à marcher. Il rit et trottina pour me rattraper avant de passer son bras autour de mes épaules.

– Tu es bien démonstratif ce soir, dis-donc, soupirai-je.
– Je ne t’ai pas vu de la semaine ! Tu ne peux pas m’en vouloir d’avoir besoin d’un peu de ton contact…

Je mordis doucement ma lèvre inférieure. Mon côté réservé restait intact, même avec lui, et parfois j’en venais à me demander si ça ne finirait pas par le faire douter de mes sentiments… Je baissai les yeux en gardant le silence et il reprit la parole. Mettre fin aux blancs gênants était sa spécialité.

– J’ai une amie qui m’a proposé de sortir ce soir, ça te dit ?

Je levai la tête pour le fixer avec un air neutre.

– Oui, je sais que tu n’aimes pas faire la fête, mais… c’est un petit bar et c’est une très bonne amie, ça me ferait plaisir que tu la rencontres !

Après avoir penché la tête sur le côté avec un long grognement dubitatif, je finis par accepter. Le sourire qui illumina son visage me rappela à quel point j’aimais faire des efforts pour lui. On traversa une bonne partie de la ville avant d’arriver dans une rue calme, où un seul point de lumière se distinguait des vitrines éteintes. Mon sourcil se haussa : il m’emmenait dans un bar gay ? S’il y avait bien quelque chose que je détestais, c’était ce genre d’endroit… mais vu sa manière de saluer les fumeurs agglutinés autour de l’entrée, lui semblait être habitué. Effectivement, ce n’était ni très grand, ni très peuplé, et je remarquai sans mal la petite blonde qui tourna la tête vers nous en affichant un large sourire. Elle était très belle… Tout comme sa copine d’ailleurs. A la manière d’Evan, elle parlait beaucoup, riait beaucoup, et semblait étrangement enjouée de me rencontrer. « Si tu savais… il ne fait que parler de toi » avait-elle répété au moins trois fois dans la soirée. J’avais beau ne pas être très à mon aise, la musique était agréable, les gens sympas, et Rose absolument adorable alors… je réussis à me détendre et m’amuser. Evan me fit goûter son cocktail et les deux filles éclatèrent de rire en me voyant grimacer. Cependant, on avait beau passer un bon moment, l’heure filait à une vitesse folle, et la fermeture du bar nous obligea à rentrer.
Comme à cette heure-ci peu de gens traînaient dans les rues, Evan s’accorda le plaisir d’entremêler ses doigts aux miens. J’aimais beaucoup ce geste car il nous liait tendrement et discrètement.

– Alors ? Ça t’a plu ?
– C’était moins pire que j’imaginais, oui ! Et puis, Rose est très gentille.

Il m’expliqua alors qu’il la connaissait depuis l’école primaire et qu’elle avait très mal vécu son homosexualité pendant son adolescence. Cela fit remonter quelques souvenirs en moi, mais je me dépêchai de les chasser de mon esprit, et heureusement, l’appartement d’Evan se dessina enfin au bout de la rue. J’entrai en saluant Chaussette. Je connaissais les lieux par cœur à présent et après avoir enfilé le tee-shirt et le jogging qu’il me prêtait pour dormir, je m’affalai sur son lit. Il finit de se laver les dents avant de me rejoindre. Mon regard se posa directement sur son torse dénudé et mon cœur rata un battement car d’ordinaire il gardait toujours un tee-shirt pour dormir et j’avais rarement l’occasion d’apprécier sa délicate musculature. Il s’arrêta et s’appuya sur l’encadrement de la porte en me fixant. Je restai silencieux, peinant à soutenir ce regard captivé qu’il m’adressait.

– J’ai pas sommeil en fait, lâcha-t-il.
– Euh… bah… si tu veux lire ou quoi, ça me dérange pas tu sais…
– T’es vraiment une tache des fois tu sais.

Il esquissa un sourire en coin désabusé avant de s’approcher et de s’asseoir près de moi. Il m’embrassa tendrement et je sentis alors sa main glisser sous mon tee-shirt. Son geste me fit frémir et par réflexe je le repoussai vivement.

– P… pardon… tu m’as juste surpris.

Je comprenais maintenant clairement où il voulait en venir. Mon cœur tapait violemment dans ma poitrine. Mes yeux se fermèrent quand il caressa doucement ma joue avant de murmurer :

– Je ne vais pas te faire de mal, hein.

Ca je le savais. Très bien même. Seulement, c’était ma première relation amoureuse, alors je restais un peu perdu… même si, au fond, j’en avais assez d’être aussi tendu alors que ses avances me plaisaient et que mon corps tout entier brûlait d’impatience d’être proche du sien. Il n’y avait que ma tête qui restait encore réticente, or, pour la première fois de ma vie, j’eus envie de la laisser de côté. Je m’étais redressé d’un geste pour lier de nouveau nos lèvres avec tendresse et passion. Il glissa une main dans mes cheveux pour les détacher doucement. J’omettais tout ce qui nous entourait, me laissant simplement entraîner dans la passion de l’instant. Il ôta mon tee-shirt et la douceur, la chaleur de son torse contre le mien perturbèrent un peu plus mon rythme cardiaque. Ses mains caressaient lentement mon dos, et ses lèvres avaient abandonné les miennes pour aller se perdre dans mon cou.

Un frisson était remonté le long de mon dos quand il avait décidé de devenir plus entreprenant. Après qu’il fut venu mordiller mon oreille avec un sourire malicieux que je n’avais malheureusement pas pu voir, ses chères petites mimines étaient devenues un poil plus baladeuses. Il avait laissé tomber les câlins chastes et sans que je n’aie le temps de me poser des questions, mon pantalon avait rejoint mon tee-shirt sur le parquet de la chambre. Le sien ne tarda pas à être également de la partie. Nous étions à présent là, le regard plongé dans celui de l’autre, à se demander comment allait se passer la prochaine étape. Car c’était bien facile de se retrouver en sous-vêtements dans les bras l’un de l’autre… mais une fois cette dernière barrière franchie, tout allait devenir très différent. Je commençais à appréhender cet instant, le stress revenant serrer ma poitrine. Mes mains tremblaient légèrement, et il dut s’en apercevoir car il les attrapa doucement avant de m’embrasser avec une tendresse sans précédent. Evan avait beau trépigner d’impatience de passer la seconde, il se retenait pour ne pas me brusquer… et cela me touchait bien plus que je ne voulais l’avouer. Quand il risqua une caresse un peu plus entreprenante, je me raidis. Il se stoppa et me lança un regard interrogateur auquel je répondis par un hochement de tête. Je n’avais pas spécialement envie qu’il s’arrête, il fallait simplement que je me détende et que je passe outre cette pudeur énorme qui me mettait atrocement mal à l’aise. Je n’appréciais pas vraiment mon corps, alors comment accepter d’apparaître ainsi, dans mon plus simple appareil, auprès d’une autre personne, même si je l’aimais de tout mon être ?

– Tu veux que j’éteigne la lumière peut-être ?

Cette proposition me fit hésiter. Certes, c’était un moyen indéniable pour que je sois moins tétanisé à l’idée qu’il me voit, comme on dit communément, « à poil »… Seulement, j’allais également me priver d’une vue des plus intéressantes. Du coup, je finis par décliner l’offre, et il m’offrit un charmant sourire. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à ce que ce dernier soit suivi d’un déshabillage express qui me fit devenir rouge écrevisse.

– Bon bah ça va, j’ai vu pire !

Il avait lâché ça sur le ton de la plaisanterie en se mettant à rire pour essayer de me détendre, et mon premier réflexe fut d’attraper son oreiller pour lui enfoncer sur le visage. Certes, ça avait marché, et ça m’avait fait sourire, mais je n’en étais pas moins stressé. Il s’écarta et décala le coussin avant de s’allonger sur moi – il avait beau ne pas être très épais, il faisait son poids le bougre ! – en reprenant ses doux baisers. Ses doigts glissèrent dans mes cheveux et me firent frissonner. J’oubliais lentement ma gêne pour me focaliser sur ces gestes particulièrement agréables. L’une de ses mains abandonna ma douce chevelure de rêve, ses doigts frôlant mon cou, mon torse, mes côtes, mes hanches puis ma cuisse, avant de remonter doucement. Les miennes se crispèrent sur son dos et je fermai les yeux en faisant abstraction de mon cœur qui venait de faire un double salto arrière. Ses gestes étaient à la fois doux et langoureux, et mon esprit acceptait enfin de se laisser aller en passant outre toutes les choses négatives qui pouvaient s’y trouver. Ma respiration était devenue plus rapide, plus bruyante, et progressivement, j’eus envie qu’il soit encore plus entreprenant. J’avais lentement descendu mes mains jusqu’à l’élastique de son boxer. Il comprit sans que j’ai besoin de lui faire un dessin. Quelques secondes après, je n’étais plus le seul à cosplayer Adam, et il alla farfouiller dans sa table de nuit pour en sortir un petit carré de plastique dans lequel se trouvait la protection magique. Il s’en débrouilla sans mal – monsieur avait l’habitude apparemment – et me rejoint, après cet instant interminable où je m’étais senti totalement abandonné. Sans vouloir dramatiser, évidemment.

Il avait hésité longtemps, m’avait demandé au moins cinq fois si ça allait et si j’étais prêt, et avait débattu pendant une durée certaine, qui m’avait parue beaucoup trop longue, quelle position serait la plus adéquate. Il en devenait presque plus angoissé que moi dis-donc ! Puis, il décida que c’était mieux d’y aller sans se prendre trop la tête. Il avait repris ses baisers, ses caresses et après quelques minutes, nos corps s’étaient enfin unis. On ne peut pas dire que cet instant-ci fut l’expérience la plus agréable de ma vie, les marques de griffures dans le dos d’Evan peuvent d’ailleurs en témoigner, mais ce qui suivit le fut beaucoup plus. La chaleur qui m’avait envahi, son souffle saccadé dans mon cou, son corps brûlant contre le mien, et les effets électrisants de certains de ses mouvements rendirent la chose absolument délicieuse. Il réussit plus d’une fois à me faire donner de la voix. Un peu trop à mon goût d’ailleurs… C’était embarrassant. Tout ça ne dura que quelques instants, intenses et passionnés, et l’envie que je pus lire dans son regard quand il vint capter le mien me redonna plus d’estime de moi qu’aucun mot n’aurait pu le faire.

Le lendemain matin, j’avais dormi plus longtemps que d’habitude, vu la nuit passée. Evan était levé depuis un moment, apparemment, car quand je fis enfin mon apparition dans le séjour, il regardait un film avec Chaussette. Il me sourit et me désigna la table de la cuisine sur laquelle se trouvaient des gaufres et de la confiture. Comment ce type pouvait-il être aussi parfait ?! Après avoir pris de quoi petit-déjeuner, je vins m’asseoir à côté de lui.

– Bien dormi ? demanda-t-il avec un adorable sourire.
– Vu l’heure, faut croire.

La douleur dans ma gorge me fit prendre conscience de la chance qu’on avait que son appartement soit bien isolé. Les murs du mien étant à peu près aussi fins que du papier, tout l’immeuble aurait été au courant de nos ébats… Je remarquai alors qu’il me fixait avec attention.

– Tu aimes me mettre mal à l’aise dès le matin ?
– Je t’aime tout court.

Je lâchai ma cuillère en faisant sursauter le chat.

– Pardon ?

Evan se redressa et posa tendrement sa main sur ma joue avant de m’embrasser. Un baiser bien plus doux et agréable que ceux auxquels j’étais habitué. Il écarta à peine son visage, son regard d’un bleu clair assez pur pour rivaliser avec celui du ciel plongé dans le mien, et il répéta d’une voix assurée et sincère ces quelques mots que je n’oublierai jamais :

– Je t’aime Paige, plus que tout au monde.

Ma gorge se serra et des larmes me montèrent aux yeux. Plutôt qu’une simple réponse, je l’entourai vivement de mes bras et le serrai contre moi aussi fort que mon frêle petit corps me le permettait. Moi aussi je l’aimais… tellement que c’en était indescriptible. Et à cet instant-là, jamais je n’aurais imaginé que mon bonheur disparaisse en une fraction de secondes quelques jours plus tard…

— Akira

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