Le miroir #5

CHAPITRE 5

Résumé du chapitre précédent :

L’histoire d’amour entre Evan et Paige a pris une ampleur considérable. Le couple est enfin passé à « l’étape suivante » mais, même si tout semblait aller pour le mieux entre eux, un drame inattendu vient troubler leur bonheur…

J’eus l’impression que le monde autour de moi s’écroulait quand je raccrochai mon téléphone ce jour-là. Je me rappelle être tombé à genoux en tremblant de tout mon corps, l’angoisse, la colère et la peine se battant pour savoir qui aurait le dessus sur mon esprit. Je restai un instant paralysé, le regard vide, incapable du moindre geste.

« …on a trouvé votre numéro dans son portefeuille… »

Mes mains se posèrent sur ma poitrine et mes doigts se refermèrent sur ma chemise. Je me rappelle avoir éclaté en sanglots à cet instant. Les larmes qui s’écoulaient inlassablement m’empêchaient presque de respirer. Recroquevillé sur le sol, je laissais mes émotions sortir en pagaille.

« …nous avons également joint sa famille, mais comme vous étiez dans sa liste de numéros d’urgence, nous avons pensé qu’il serait bon de vous mettre également au courant… »

J’avais mal au cœur, mal au crâne, je suffoquais presque à cause de mes sanglots, et pourtant, je n’arrivais pas à me calmer. Mon téléphone gisait sur le sol, et j’avais l’impression qu’aujourd’hui ce n’était qu’un simple objet maudit. Pourquoi cela arrivait-il quand j’avais enfin l’impression d’avoir droit à un peu de bonheur ?

« …son état est stable, mais on ignore quand il reprendra conscience… »

J’étais arrivé à l’hôpital en début d’après-midi. Mes yeux étaient toujours rougis, même si ma crise de larmes remontait à plus d’une heure. Une infirmière m’avait conduit à sa chambre et en entrant je faillis me sentir mal. Voir ces machines… ces tubes… cette perfusion… tout ça autour de lui… de l’homme que j’aimais plus que tout au monde… J’eus un mouvement de recul et je portai une main à ma bouche en tremblant.

– Désolé, je… dois sortir.

Je sortis en panique, me réfugiant contre le mur opposé du couloir. Le médecin arriva à cet instant et me salua, ce qui permit à mon esprit de se focaliser sur autre chose. Ce qu’il m’expliqua me donna un peu plus la nausée : une jeune femme avait appelé les secours hier soir, après avoir retrouvé Evan couvert de sang, allongé sur le trottoir. D’après un témoin interrogé par la police, cinq types lui étaient tombés dessus et quand il avait osé riposter… Je dus m’asseoir. Imaginer tout ça me mettait dans un état catastrophique. Je savais qu’hier, il était sorti avec Rose au bar où il m’avait emmené quelques jours auparavant. Je savais que des rumeurs couraient concernant des types louches qui trainaient dans le quartier et s’en prenaient parfois aux habitués. Et je savais donc qu’il n’avait pas simplement été au mauvais endroit, au mauvais moment. Un frisson remonta le long de mon dos. La colère essayait de prendre le pas sur la peine.

Le médecin fut très gentil avec moi, et il répondit patiemment à toutes mes questions. Il arrivait à me rassurer et à me faire garder espoir quant à l’état d’Evan. Il y avait de grandes chances qu’il sorte rapidement du coma, mais son état laissait à désirer vu le nombre d’os qu’il avait de brisés… Sans parler de la commotion cérébrale, et autres lésions annexes. Je commençais à aller un peu mieux quand je vis arriver un couple de cinquantenaires à l’air affolé. Ils alpaguèrent le médecin en m’ignorant royalement. Les parents d’Evan. Je ne les avais jamais vus, mais ce ne fut pas très dur à comprendre. Sa mère se rua dans la chambre avant de fondre en sanglots en le voyant. Son père resta en retrait, stoïque, et redemanda des détails au médecin. Entre temps je m’étais redressé et il me lança un regard en coin qui me glaça sur place.

– Mon fils n’était pas gay, c’est complètement stupide.

Mon sang fit un tour tandis que le médecin, un peu déstabilisé, essayait de rapporter clairement les faits. Sa mère revint et s’avéra être encore plus hystérique que moi. Autant j’avais essayé de dissimuler mes émotions depuis que j’étais en public, autant elle n’hésitait pas à afficher haut et fort son malheur et sa colère. Je ne savais plus où me mettre, et quand elle braqua son regard azur sur moi, je déglutis avec difficulté.

– ET VOUS ?! QUE FAITES-VOUS LA ?!
– Je… Euh…

Vu la situation, je n’avais pas trop envie d’être honnête, mais en même temps… Je trouvais ça idiot de mentir.

– Je m’appelle Paige… je suis le… petit-ami d’Evan.

Je regrettai mes paroles dès qu’un blanc malaisant s’installa. Son père s’approcha de moi et abattit sa main à plat sur le mur, près de mon visage.

– Alors écoute-moi attentivement… je t’interdis formellement d’approcher mon fils, est-ce que c’est clair ?! Il est hors de question qu’Evan fréquente des petits pédés dans ton genre.

Je tremblai de nouveau, mais de rage cette fois. Mes poings se refermèrent et je plongeai mon regard dans celui de cette ignoble personne qui me faisait face.

– Je n’ai pas d’ordres à recevoir de vous et je me fiche que ma présence vous déplaise. J’aime Evan autant, si ce n’est plus, que vous, alors vos menaces vous pouvez vous les garder.

Je m’écartai de son emprise et m’éloignai en entendant le médecin essayer de calmer le jeu. Une fois dehors, je crus que j’allais vomir. Je dus m’allonger sur un banc en calmant ma respiration. En plus de l’angoisse et de la douleur qui me saisissaient depuis l’agression d’Evan, j’étais à présent obligé de revivre ce sentiment que j’avais réussi à noyer dans mon esprit depuis plusieurs années. Cette impression de rejet que j’avais connue au lycée était revenue me hanter à cause de la confrontation avec ce père odieux. Les insultes gratuites. Les regards méprisants. Les gestes violents ou déplacés… Tout ce que j’avais vécu dans ma jeunesse, et que j’avais réussi tant bien que mal à mettre au fond d’un coin de ma tête, avait ressurgi brutalement en me serrant la gorge. J’étais toujours le même après tout : un garçon réservé et sans aucune confiance en lui, qui ne rêvait que de douceur et d’affection. J’avais réussi à trouver ça grâce à Evan. Depuis quelques semaines, je me sentais heureux comme jamais auparavant, et pourtant le destin était venu briser tout ça en un instant. Je sentis les larmes couler le long de mes tempes tandis que j’observais le ciel. Mais une ombre vint alors recouvrir mon visage et troubler mes songes. Je me redressai d’un bond en essuyant brièvement les traces humides qui scintillaient sur ma peau, et mon regard de jais alla se poser sur la personne qui se tenait debout face à moi. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine.

– Je suis désolée de ce qui s’est passé avec mon époux. Il est très remonté à cause de… l’incident. Nous viendrons voir Evan tous les jours après dix-sept heures, alors n’hésitez pas à aller lui rendre visite avant, si vous pouvez… Je suis sûre que ça lui fera très plaisir…

Je restai interdit face à cette mère que je découvrais à présent si calme mais toujours aussi triste. Elle n’avait plus aucune animosité à mon égard et je me rappelai soudainement avoir entendu Evan parler d’elle, pendant l’une de nos conversations. Il me l’avait décrite comme quelqu’un de très émotif et de très attaché à lui. Je ne réussis qu’à lui répondre un timide « merci » avant qu’elle ne reparte en direction de l’hôpital, sans un mot. Je vis en elle une petite lueur de paix et de douceur dans les ténèbres qui me hantaient depuis hier. J’avais envie de lui dire à quel point son geste me touchait et que je lui étais atrocement reconnaissant de ne pas me rejeter à son tour… Mais elle était déjà trop loin. Je me levai et pris la direction de mon appartement, le regard perdu dans le vague. Evan était entouré par sa famille aujourd’hui… alors je ne devais pas m’inquiéter pour lui…

— Akira

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *