Shake the Cam : Le Roi Shakespeare

 

Shakespeare est partout. Genre, vraiment partout. Même à des endroits que vous n’auriez jamais imaginés ! Ses pièces ont tellement inspiré le monde moderne qu’on les retrouve aujourd’hui dans les livres, dans les films et même… dans les dessins animés de tes studios d’animation préférés ! Non, pas le studio Ghibli, tes studios d’animation préférés de quand tu étais petit. Oui, voilà, Disney !

Je sais que pour certains, je ne vais faire qu’enfoncer des portes ouvertes. Mais peut-être que cela va être une grande découverte pour d’autres ! (J’étais assez émue de l’apprendre à certains de mes camarades Renards).

Mais quel est donc ce mystérieux Disney qui s’inspire d’une pièce de Shakespeare ? Et quelle pièce ? Ça remue ses méninges en se repassant tous les dessins animés en tête (ce qui peut prendre un petit moment), parce qu’en plus, ils sont presque tous adaptés de contes, de livres ou de pièces (un jour on en parlera plus en détails, mais il va nous falloir un moment pour faire ça…).

C’’est évidemment le grand classique d’animation Le Roi Lion (1994) qui s’inspire de Hamlet (1603) !

Avant de monter sur vos grands lions chevaux, laissez moi vous expliquer, je ne balance pas ça gratuitement pour le plaisir de détruire votre enfance.

 

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Avant tout, un résumé très rapide (c’est quand même la pièce la plus longue de Shakespeare, 5h de spectacle en version complète, soyons bref) : Hamlet est le prince du Danemark, et sur le trône se trouve sa mère, Gertrude et son oncle Claudius, qu’il soupçonne d’avoir assassiné son père peu avant les événements de la pièce. Sauf que ça, il en est pas trop sûr, et à vrai dire personne ne sait vraiment. Même Shakespeare ne doit pas le savoir, je le soupçonne d’avoir choisi cette solution parce qu’il n’arrivait pas à se décider.

Dans les faits, l’ancien roi s’est fait mordre par un serpent alors qu’il faisait une sieste (mort de merde), mais on ne sait pas si c’est un accident, ou si ça a été organisé par Claudius, Gertrude ou même Hamlet lui-même. Tout est possible.

Le fantôme du défunt apparaît à son fils pour lui demander de le venger, et ce jeune dépressif d’Hamlet fait tout pour mettre au jour Claudius, ce qui commence à bien gonfler ce dernier qui l’envoie donc en exil réfléchir un peu à tout ça. Mais il revient vite et il est bien décidé à mettre un terme à tout ça et à la vie de Claudius. Il y parvient finalement, mais en se faisant au passage empoisonner comme un débutant.

Vous ne voyez toujours pas la ressemblance ?

Le Roi Lion commence un peu avant la pièce de Shakespeare. Tout le monde est heureux dans la savane, sous le regard protecteur du roi des animaux, Mufasa. Le grand lion à la crinière ébouriffée vient tout juste d’avoir un fils, Simba, qui un jour prendra sa place sur le rocher des lions et régnera sur tout ce qui baigne dans la lumière. Mais en vrai, je mens. Tout le monde n’est pas heureux… Scar (enfant mal-aimé, destiné dès sa naissance à devenir un méchant vu le prénom dont il a été affublé), le frère un peu raté de Mufasa, lui envie sa couronne, sa coupe de poils et peut-être même, pourquoi pas, sa femme, même si on a pas de preuve d’une prétendue relation entre Sarabi et Scar, donc on ne peut pas affirmer que la ressemblance entre les deux œuvres va jusque là. J’ai bien une théorie, mais ça serait trop long à développer. Et c’est donc à cause de cette jalousie qui le dévore qu’il décide de tuer son frère à coup de troupeaux de gnous.

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Être ou ne pas être méchant, telle est question

Un frère qui tue l’autre pour devenir roi, ça commence à ressembler déjà !

Afin d’être sûr de ne pas se faire piquer sa place par Simba (au cas où il voudrait venir réclamer son titre), Scar envoie ses acolytes, les hyènes, le tuer. Mais comme cette bande de bécasses stupides et bouchées ne sont ni très douées, ni très malignes, Simba s’enfuit dans le désert, et elles se disent qu’il crèvera bien par lui même. Mais c’était le sous-estimer. Il est solide le chaton, il résiste à tout.

Tout comme Hamlet, Simba est souvent déprimé quand il a bu un verre d’Hakuna Matata de trop, et finit par voir apparaître Mufasa dans les nuages. Aucune originalité: le fantôme du roi du Danemark le faisait déjà avant lui, dans la brume sur les tours du château. Mais Mufasa est quand même plus sympa que lui et ne lui réclame pas directement de le venger en tuant Scar. Il est plus implicite. Son fameux « souviens-toi qui tu es » est un joli euphémisme pour dire « t’es le prince bordel, alors bouge-toi le cul de ta jungle et va récupérer ta place sur le trône même si ça signifie tuer ton oncle » . Mais on est dans un Disney tout de même, on ne peut pas se le permettre, y a des jeunes oreilles qui nous regardent, ils comprendront le subtext quand ils seront grands.

fantôme Mufasa

Souviens-toi qui tu es, et surtout penses à manger tes légumes

Si on veut pousser la comparaison entre les deux œuvres, on pourrait supposer que Timon et Pumba sont les opposés de Guildenstern et Rosencrantz, deux supposés amis d’Hamlet, envoyés par Claudius pour tuer le Prince. À moins qu’ils ne soient représentés par les hyènes, et que Timon et Pumba soient un équivalent de Laerte, l’ami d’Hamlet. C’est un peu confus…

Plutôt fiers d’avoir réussi à adapter une tragédie de 5h en un dessin animé de 1h20, les scénaristes de Disney se sont lancés le défi de récidiver. Mais cette fois, ils se sont inspirés d’une pièce moins sombre et moins déprimante pour écrire Le Roi Lion 2 (1998). Et quoi de mieux qu’une romance pour un Disney ? Alors pour écrire la suite des aventures des petits lions de la savane ils ont cette fois choisi de réécrire Roméo et Juliette (1597).

Simba et Nala ont eu une petite fille, Kiara, qui un jour rencontre Kovu, le fils de la famille ennemie. Alors je vous l’accorde, on n’entend pas du tout parler d’eux dans le premier film, on comprend pas trop d’où ils sortent, juste qu’ils étaient alliés avec Scar, donc que ce sont les méchants. Vraisemblablement ça serait ceux qui ont choisi de s’allier avec l’oncle maléfique quand il a plongé la terre des lions dans la désolation.

En voyant l’alchimie entre les deux enfants, Zira, la mère adoptive de Kovu, entraîne le jeune lionceau pour qu’il tue Simba pour ainsi venger Scar. Mais pour approcher la tribu il devra d’abord se faire accepter parmi eux en séduisant la jeune princesse. Seulement voilà, Kiara et Kovu tombent vraiment amoureux et tentent de réunir leurs familles autour de leur amour, tout comme les deux amants de Vérone.

kiara et kovu

 

Comme pour le premier long métrage d’animation et Hamlet, on peut s’amuser à voir des parallèles entre les personnages du Roi Lion 2 et de Roméo et Juliette. Le vieux Rafiki et le fantôme de Mufasa qui sévit toujours quelque part dans le vent, aident les amoureux comme le fait le Frère Laurent dans la pièce. C’est lui qui pense justement qu’il peut réconcilier les deux familles ainsi. Quant à Timon et Pumba, après avoir été les acolytes de son père, ils s’occupent également de Kiara. Ils me font assez penser à Mercutio et Benvolio, toujours à chercher et surveiller Roméo, ou même un peu à la nourrice qui veille sur Juliette.

Dans la pièce, l’élément déclencheur qui fait basculer l’histoire dans la tragédie, c’est la mort de Mercutio et Tylbalt. Ici un seul cadavre suffit à déclencher les hostilités, celui de Nuka, le demi-frère de Kovu. Évidemment, lui et sa belle ne se suicident pas à la fin, mais c’est Zira qui meurt, tel Gaston de La Belle et la Bête, par sa propre faute (parce que le héros, comme il est gentil, il ne peut pas tuer le méchant).

Un parti pris du dessin animé, c’est qu’il a transformé ce qui était une pièce politique en un film sur la tolérance. En effet, ce qui oppose les deux tribus ici, ce n’est pas tant une question de qui aurait dû gouverner la terre des lions entre Scar et Simba, mais une question de différences. On le voit déjà à travers les graphismes, notamment dans le combat final, où on devine bien qu’ils ont des physiques un peu différents. C’est à la fin de cette bataille acharnée, où les lionnes n’hésitent pas à se bouffer la gueule, que Kiara demande à son père « tu les trouve différents toi ? », montrant ainsi qu’en vrai, ils sont tous pareil et que ce racisme primaire est inutile. Aaah, on voit bien que le bon vieux Walt est mort.

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Vous voyez la différence ? C’est pas que dans ma tête ?

 

 

 

 

On doit reconnaître à travers ces deux dessins animés le talent des studios Disney. D’abord parce que vous ne pouvez pas nier qu’il s’agit de chefs-d’oeuvre (j’entends déjà râler à propos du Roi Lion 2 que je défendrai toujours bec et ongles, mais admettons, reconnaissons au moins le talent du premier film) qui vous ont fait pleurer, rire et chanter, et le font encore aujourd’hui même après des années. Mais aussi parce que faire une version édulcorée de contes de fée comme Cendrillon ou la Petite Sirène, c’est une chose, mais réussir à transformer deux tragédies en films pour enfants, ça c’est du sacré travail ! Lewis Carroll avec son projet de Shakespeare pour les petites filles de 12 à 17 ans n’aurait peut-être pas fait mieux. Mais ça, c’est encore une autre histoire. Laissons pour l’instant le vieux dramaturge se reposer jusqu’au prochain Shake the Cam !

— Pasto

Toutes les images utilisées dans cet article sont la propriété de Walt Disney Studio

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