Le silence est d’or

Lundi.

Le réveil, brutal et froid. C’est l’hiver. Je sors lentement du lit. Il est 8h. La nuit a été courte. Trop courte.

 

Mardi.

Le cliquetis des talons sur le sol me donne mal à la tête. L’espace est désert. Tout le monde a rejoint le refuge familial. Je dépose le dossier sur son bureau et m’apprête à rentrer. Il est 20h.

 

Mercredi.

La rue est sombre. À cette heure-ci, seuls dealers et prostituées sont de sortie. Je bascule la capuche du manteau sur ma nuque. L’air est vif. J’accélère le pas quand je sens mon téléphone vibrer. Je le sors de ma poche. Mon regard se fige. Je décroche. Personne ne parle. Je suis en relation avec le silence. Une minute plus tard, quelqu’un raccroche. Mon rythme cardiaque s’accélère.

 

Jeudi.

La journée s’est déroulée sans encombre. Le dossier a été approuvé et la machine à café fonctionnait. Je dépose les clefs sur le meuble et appuie sur le bouton du répondeur. J’ai un nouveau message. J’écoute.  Le même silence de nouveau. Intense, profond et obscur. Il ne dit rien. Le bip final s’annonce et la villa capture l’écho.

 

Vendredi.

Il neige. Les gens restent au chaud et les services sont bloqués. Il faut que je sorte. Je dois prendre l’air. Dans le doute, j’attrape mes clefs. Le ciel est gris mais l’odeur qui me parvient n’est en rien agressive. Je me dirige vers la boîte aux lettres et introduit la clef dans la serrure. Une lettre. Aucun tampon. Aucun nom. Je l’ouvre. Un seul mot « Silence ». Paniquée, je cours jusqu’à n’en plus pouvoir le long de la route. Essoufflée, je marque une pause. Je glisse mes doigts dans la poche de ma veste. Elle est toujours là, pliée en quatre.

 

Samedi.

Les gens arrivent petit à petit. Les bureaux se remplissent et les femmes ne cessent de piailler. Les premiers rayons de soleil traversent la baie vitrée et viennent caresser mes jambes. Le boss entre et me donne rendez-vous à 14h dans son bureau pour régler une question d’ordre financier.

14h approche. Les pies n’ont pas encore repris leur besogne, quoique je doute qu’elles ne l’aient jamais vraiment commencée. Je prends le chemin de mon rendez-vous. Je traverse le couloir quand le téléphone d’une collègue sonne. Je décroche. Aucun son. Mon sang se glace. Prise au dépourvue, je lâche le combiné. Mon souffle se fait plus rapide. Je raccroche et sors du bureau en trombe. Mon boss est là, au bout du couloir, son téléphone portable à la main et un sourire narquois aux lèvres. Il ferme le clapet, ne me quittant pas des yeux. Il ne dit rien et commence à avancer, à pas feutrés, tel un lion chassant sa proie. Effrayée, je cours en direction de la sortie. L’ascenseur ne veut pas arriver, je dévale donc les escaliers à toute allure. Une fois en bas, je n’ai pas même le temps de reprendre mon souffle que le « ding » de l’ascenseur retentit, m’annonçant l’arrivée de mon supérieur. Cette fois-ci, je sens qu’il ne me suffira pas d’appeler à l’aide pour que quelqu’un vienne à mon secours. Cette fois-ci, tout est différent. Les gens m’ont pris pour une folle la première fois que j’ai dit que je me sentais suivie. Personne ne m’avait crue. Puis les appels anonymes avaient cessé. Ce regard que je sentais toujours posé sur moi également. Mais cette semaine tout avait recommencé. Je cours désormais dans la rue, bousculant les passants qui me dévisagent, cherchant un lien entre mon patron et cette histoire complètement tordue. C’est alors que je le fais. Mais oui ! Tout était pourtant si clair… Pas plus tard qu’avant-hier, alors qu’on bouclait le dossier sur cette femme dont le mari était parti du jour au lendemain, sans dire un mot et en lui piquant tout son argent, le boss avait déclaré que sa femme et lui se séparaient, pour la seconde fois…

Toujours aussi pressée de m’enfuir je ne regarde même plus la rue, mes yeux étant bien trop emplis de larmes et de terreur. Mais je n’ai pas besoin de ça pour savoir qu’il se trouve toujours derrière moi.

Un cri, un klaxon, des pneus qui grincent puis… un flash. Un homme qui sort de sa voiture à la hâte. Les battements de mon cœur qui ralentissent et mes yeux qui se ferment. Dernière vue sur ce monde ; un boss au sourire radieux. « Si je ne peux pas t’avoir alors personne ne t’aura ».

– Hatanna

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