Lettre à ma petite sœur qui ne lit pas

Ma chère petite sœur,

Sache avant tout que je t’aime très fort. Il y a cependant une chose qui me chagrine te concernant, mon enfant : ton aversion pour la lecture.

C’est quoi ces histoires ? Pourquoi tu ne lis pas ? Tu dis que tu n’aimes pas ça, que ça ne t’intéresse pas et je me sens triste pour toi.

Tu sais, depuis toujours, notre famille a été une adepte de livres, d’histoires et de contes. Je suis même presque convaincue que nous avons des écrivains parmi nos ancêtres. Tu te rappelles sûrement comme nous écoutions avec passion notre arrière-grand-mère adorée qui nous racontait son enfance, ses aventures pendant la guerre et ses combats tout au long de sa vie. Tu te rappelles sûrement combien de livres nous t’avons lus, chacun à tour de rôle dans la famille, quand tu étais toute petite. Peut-être est-ce de notre faute aujourd’hui, nous ne t’avons pas laissé découvrir la lecture par toi-même et c’est pour ça que tu t’en es éloignée ?

Je sais que les lectures imposées par l’école sont parfois déroutantes, ennuyantes, voire effrayantes. Que forcer un élève de quatrième à lire du Zola ne va pas l’inciter à découvrir d’autres livres et que plus on t’impose quelque chose, moins tu en as envie.

Mais ça me rend triste de savoir que tu ne découvriras jamais tous ces mondes merveilleux et incroyables qui prennent vie dans nos têtes lorsqu’on parcourt les pages. Le plaisir infini d’ouvrir un livre neuf, avec ses pages qui craquent et son odeur si particulière. Cette envie dévorante de reprendre une lecture passionnante qui nous ronge toute la journée parce que l’histoire en question est absolument merveilleuse.

Je ne te juge pas, petite fripouille. Enfin, si, un peu, parce que tu ne fais pas d’efforts. Nous avons essayé de t’y intéresser, de t’offrir des livres que finalement, tu n’as jamais terminés. Mais je comprends que tu ne réussisses pas à accrocher. On ne va pas moins t’aimer pour ça, rassure-toi. Mais ça me rend triste parce que j’aimerais pouvoir partager mes lectures avec toi, te donner mes bouquins d’adolescente et entendre ton avis sur la question. Alors oui, on parle déjà de beaucoup de choses, de séries, de films, de musiques. Mais il manque ça à notre panel de conversations.

Alors, une dernière fois je t’invite à essayer, petite sœur. Va dans une librairie (tout sauf France Loisirs, faut pas déconner), parcours les rayons, sens les couvertures (oui c’est un poil psychopathe mais ça marche, parole de renard), touche les bouquins, ouvre-les, lis leurs résumés, juge sur la couverture et choisis-en un. Un gros, un petit, une BD même ou un manga si ça te fait plaisir, assieds-toi dans un coin qui te plaît, qui t’inspire, pose ton téléphone un petit quart d’heure et feuillette les pages. Imprègne toi d’un univers que tu ne connais pas encore. Apprends à découvrir des mondes nouveaux, des personnages qui feront ensuite partie de toi .

Si jamais ça ne marche pas, sache que je t’aime quand même. Et qu’un jour, peut-être, tu trouveras le bon. Celui qui te fera changer d’avis, celui qui t’intéressera, celui qui, peut-être, sera le seul livre que tu liras dans ta vie par plaisir et non par obligation. Et je serai la sœur la plus heureuse et la plus fière du monde à ce moment-là (même si je le suis déjà).

— Sellylis

(Les Sœurs de l’artiste, C.C.C Hansen, 1826)

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