Lettres = chômage ? #2 – Lettre ouverte aux parents-renards

Papa, maman, chère famille, chers proches,

je vous aime mais je pars (en Lettres). Ne paniquez pas, cela ne veut pas dire que j’ai choisi le chômage, que j’ai décidé d’être un poète sans le sous, ou que je souhaite devenir prof, voie très admirable, mais qui ne sera pas la mienne.

J’ai choisi les lettres par curiosité, par hasard parfois, par goût des langues, mais j’y suis resté par amour. Je sais que vous auriez préféré que je choisisse la raison plutôt que la passion. Mais je ne suis pas de ceux qui sont raisonnables.

Vous le savez bien, je suis celui qui a toujours été le plus « créatif »,  le plus « rêveur », « l’original » de la famille. Un Renard différent, en somme, et le monde qui m’attire est loin du vôtre. Vous y êtes perdus, et pour être honnête, moi aussi parfois. Mais c’est mon univers, et je ne le changerais pour rien au monde, pas même pour la sécurité de l’emploi. Je suis idéaliste, optimiste et pourtant lucide sur la conjoncture actuelle, mais si je ne suis pas borné et utopiste à mon âge, quand est-ce que je le serai ?  

À chaque fois, les mêmes questions, les mêmes phrases qui reviennent entre nous « Et c’est pour faire quoi ? », « T’es sûr que tu ne veux pas devenir prof ? », « Mais c’est complètement bouché comme voie » ou encore « Ce n’est pas un vrai métier », « Tu n’as pas fait toutes ces études pour faire ça », « passe le CAPES ça te fera au moins ça ». Je comprends vos inquiétudes, et je ne sais pas les calmer. Je ne sais pas vraiment ce que je veux faire, mais je sais ce je ne veux pas. Entre vos règles du jeu et les miennes, il y a eu une révolution. Je ne peux plus avancer avec vos codes, mais je ne connais pas encore bien les nouveaux. Je suis entre l’adolescence et l’âge adulte, ni l’un ni l’autre, un entre-deux en somme, catégorie mal définie en quête d’elle-même.

Cependant, malgré la crise, malgré le chômage, il y aura une place pour moi quelque part. Je ne sais pas où elle est, mais je suis déterminé à la trouver. Malgré ce que vous pouvez penser, on m’a donné, ou on me donne,  tous les outils dont j’ai besoin pour m’en sortir. Je sais que je fais partie de cette génération à la conjoncture compliquée, mais je me donne les moyens de réussir, parce que même si je ne deviendrai pas ingénieur, on m’a inculqué des choses tout aussi importantes.

Un autre regard sur les choses, une capacité d’analyse, un bagage culturel… Des choses inestimables, bien abstraites en soi, mais avec lesquelles je suis ce que j’ai de plus précieux : je suis celui qui s’adapte.

Je suis les possibilités de ma génération.

Alors papa, maman, chère famille, chers proches, je  comprends vos inquiétudes, j’ai peut-être les mêmes, mais ce n’est pas de vos doutes dont j’ai besoin, c’est de votre soutien.

Bien à vous

Votre Renard.

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