L’habit rouge de Peter Pan, la suite officielle !

lhabit-rouge-de-ppJe me suis dis que ça faisait longtemps que je ne vous avais pas écrit un article bien mature, alors me voilà de retour avec un review de livre pour enfants ! Alors en route pour L’Habit rouge de Peter Pan (en langue originale Peter Pan in Scarlet, nom que je trouve délicieux !) de Geraldine McCaughrean.
Je vous vois déjà enthousiastes à l’idée de découvrir de nouvelles aventures du garçon éternel de J.M. Barrie. Vous le serez encore plus en sachant que ce roman est la suite officielle de son histoire ! Il s’agit en effet de l’œuvre qui remporta le concours organisé en 2004 par le Great Osmond Hospital (l’ayant droit des œuvres et personnages de Barrie depuis 1929). Il est important de préciser cela, car des sequels, il en existe plein et de toutes sortes : des livres, des films, des séries… Mais beaucoup de ces créations que vous pouvez connaître, principalement les différents romans publiés, ne sont pas officiellement reconnues par les possesseurs des droits de Peter Pan.

pp-in-scarletDe manière logique, on aimerait penser qu’une suite officielle va être irréprochable, vérifiée par des centaines de correcteurs et de spécialistes de l’œuvre, afin de respecter une certaine continuité. Imaginez, c’est comme si Georges R. R. Martin oubliait soudain, d’un tome à l’autre, que tel personnage est mort et que celui-ci revient par miracle. Vous trouveriez cela étrange, n’est-ce pas ? C’est la même chose ici. Bien que le roman soit écrit par un auteur différent, il est primordial qu’il soit le plus fidèle possible à l’œuvre dont il découle.
Et dans ce roman, Geraldine McCaughrean a fait quelques erreurs impardonnables ! Les plus notables sont celles où l’auteure confond l’histoire originale de Barrie et le classique d’animation de Disney. Il s’agit là en réalité d’une faute courante dans l’imaginaire collectif. De nos jours, les dessins animés des studios américains ont pris une plus grande place dans les mémoires que les romans ou les contes desquels ils ont été adaptés. Au fil du temps, les histoires se confondent et on a tendance à penser que les films Disney répandent la véritable histoire. Et malheureusement, Geraldine McCaughrean est tombée dans le même piège.
Prenons un simple exemple : dans le dessin animé de Disney de 1953, lorsque les enfants Darling s’envolent avec Peter pour Neverland, le petit Michael emmène avec lui son nounours, et son frère John attrape son chapeau du dimanche et son parapluie. Cependant, dans l’histoire originale, aucun ourson ou parapluie ne fait le voyage jusqu’au Pays Imaginaire, seul le chapeau de John est réellement présent.
Alors oui, il s’agit d’un détail ! Je suis une fangirl qui pinaille. Mais comme je l’expliquais, ces détails sont importants et ces erreurs n’ont pas leur place dans une suite officielle. Si cela ne suffit pas à vous convaincre, il y a aussi une erreur bien plus grave qu’il faut relever. Pour donner plus de consistance à l’histoire, Disney rajoute dans le dessin animé une dispute entre Wendy et M. Darling. Comme punition, Wendy se voit bannie de la chambre pour enfants et y passera alors sa dernière nuit quand elle s’enfuit avec Peter. Ce point scénaristique a souvent été repris, notamment dans le film Peter Pan de Paul Hogan en 2003, mais il ne se trouve ni dans le roman original, ni dans la pièce de 1904. Geraldine McCaughrean fait l’erreur de considérer cela comme la véritable histoire et Wendy se souvient alors de son départ pour Neverland dans ces conditions (ne venez pas me dire que tout ça c’est du détail, parce que j’ai encore un exemple, et je vais commencer à m’énerver).

Après ces quelques lignes de contexte, rentrons dans le vif du sujet.
Vingt ans après que les enfants Darling soient revenus de Neverland, Wendy, John et les Garçons Perdus ont tous bien grandi. Ils ont maintenant une famille, des enfants, un travail, sont des personnes respectées et respectables, jusqu’à ce qu’ils commencent à faire d’étranges rêves où ils sont de retour dans le pays de leur enfance, dont ils ramènent des souvenirs en se réveillant (des feuilles, l’odeur de la lagune, des trésors et même, un crocodile !). Mais quelque chose ne va pas, comme si le pays était malade, et ils commencent à s’inquiéter pour Peter. Ils décident alors de retourner à Neverland pour venir en aide à leur ami.

pp-in-scarlet-illu
Je ne peux vous en dire plus, au risque de vous gâcher la lecture. Personnellement, j’ai fait la découverte de ce roman il y a plus de six mois, lors de la rédaction de mon mémoire. N’ayant pas, à l’époque, le temps de le lire, je m’étais contentée d’un long résumé détaillé. Ainsi, lorsque je l’ai finalement lu, il n’y eut aucune surprise, je connaissais déjà toute l’histoire… Et c’est dommage, parce que Geraldine McCaughrean a eu quelques très bonnes idées pour agrandir l’univers de J.M. Barrie et son monde merveilleux, sans pour autant le dénaturer. De nouvelles îles, un labyrinthe terrifiant rempli d’adultes, des adolescents tristes et vengeurs…
Là où le roman m’a le plus surprise, c’est sur son inscription dans une étude et une théorie sur l’œuvre que j’apprécie particulièrement. Pendant leurs nouvelles aventures, Peter et les enfants Darling se retrouvent à bord du Jolly Roger, le bateau du terrible Crochet. Dans les appartements du Capitaine, le garçon découvre le fameux manteau rouge du pirate qu’il décide de revêtir (et qui donne son titre au roman). Cependant, à force de porter la vieille redingote, Peter commence à se comporter comme Crochet. On s’approche alors de la théorie de Viara Timtcheva, qui s’inspire de l’étude psychologique sur Peter Pan ou l’enfant triste [1] de Kathleen Kelley-Lainé.
Dans Le Merveilleux et la mort [2], Timtcheva avance l’idée que Peter et Crochet ne seraient qu’une seule et même personne, le pirate étant une version du garçon qui a accepté de grandir, de devenir un homme. On peut ainsi considérer Crochet comme une sorte de « Peter de l’autre côté du miroir », une version diamétralement opposée de son univers. En portant son manteau, Peter se rapproche du pirate et se laisse envahir par les mêmes sentiments, devenant petit à petit un être aussi vil et méprisable que lui… Il échange son monde – les Garçons Perdus, l’île, la maison souterraine –, pour celui du Capitaine – les pirates, la mer, le bateau.

peter-pan-in-scarlet-illustration6
Dans l’ensemble, on peut dire qu’il s’agit d’un bon roman. Il y a bien sûr les quelques détails et erreurs que j’ai relevés plus haut, mais c’est encore moi qui pinaille, comme d’habitude. C’est ainsi, je n’aime pas qu’on abîme mes œuvres préférées.
Je ne peux que vous le conseiller, car il s’agit d’un très bon roman pour enfants, avec de sublimes illustrations, de l’aventure, des péripéties fantastiques, et de toutes nouvelles contrées de Neverland à découvrir ! Alors faites fonctionner votre imagination et envolez vous avec Peter, Wendy, John et tous les Garçons Perdus dans une nouvelle histoire pour sauver le Monde Imaginaire !

— Pasto

[1]  Kelley-Lainé Kathleen, Peter Pan ou l’enfant triste, Paris, Calmann-Lévy, 2005 seconde édition (1992)
[2]  Timtcheva Viara, Le Merveilleux et la mort dans Le Seigneur des anneaux de JRR Tolkien, Peter Pan de JM Barrie et L’Histoire sans fin de Michael Ende, Paris, L’Harmattan, coll. Communication Sociale, 2006

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *