L’homme aux mille histoires

Jack London. Un nom synonyme d’aventures, et quelle aventure a été sa trop courte vie ! Pilleur d’huîtres, patrouilleur maritime (oui, il s’est effectivement mis à chasser les pilleurs d’huîtres c’t’enf–… fallait bien gagner sa vie hein !), chercheur d’or au Klondike – une rivière canadienne dans les affluents de laquelle ont été découverts des gisements aurifères – chasseur de phoques sur les côtes japonaises, vagabond… Mais ne vous emballez pas ! Il a aussi été éleveur de poulets… Néanmoins, sa vie, tous ses voyages et toutes ses aventures lui ont inspiré son incroyable œuvre littéraire. Entre textes d’expéditions en mer ou dans le Grand Nord, récits politiques, œuvres fantastiques et écrits autobiographiques ; mais aussi entre romans, pièces de théâtre, poèmes, essais et nouvelles, je pense pouvoir affirmer que sa vie littéraire a également été une aventure.

Elle a commencé par un concours proposé par le San Francisco Morning Call, en novembre 1893. Le jeune London le remporte avec sa nouvelle Un typhon au large des côtes du Japon, qui s’inspire d’une péripétie qu’il a vécue. Cette expérience, tant rédactionnelle que compétitive, l’encourage à continuer à écrire, et pourtant, tous ses textes seront refusés par la suite. Mais ça ne l’empêchera pas d’avancer sur cette voie ! Au contraire, il a su avancer, et avec une œuvre d’environ 235 titres, on peut dire qu’il en a fait du chemin… Passons ce blabla inutile mes petits renardeaux, car j’aimerais quand même vous parler de quelques œuvres de Jack London qui vous plongeront tant dans sa vie qu’à travers les paysages qu’il a vus et traversés, et qui l’auront indéniablement inspiré.

Commençons par celui qui est sûrement le plus connu des romans de Jack London et paru pour la toute première fois en 1906 : Croc-Blanc. À défaut d’avoir lu le livre, tout le monde a au moins vu l’un des nombreux films qui ont été adaptés de ce récit, ou en a même simplement entendu parler. Croc-Blanc est un chien-loup qui apprend à survivre tout au long de son existence, tant dans la violence de la vie sauvage, qu’avec celle des hommes qu’il va commencer à côtoyer jeune. Particularité intéressante de ce roman : il est écrit du point de vue de la bête. On le voit donc évoluer avec les bêtes dans un premier temps, puis avec les hommes. Le lecteur est face à une sorte d’allégorie de l’homme, qui passe de la vie sauvage à la civilisation, et qui lutte pour sa survie. « Mange ou sois mangé », c’est précisément une des premières leçons que Croc-Blanc apprend. On voit que Darwin et sa théorie évolutionniste ne sont pas loin…

Et justement, ce roman fait écho au deuxième roman de Jack London que je considère comme le plus connu : L’Appel de la forêt. Effectivement, ça peut être stupide de vous présenter L’Appel de la forêt maintenant alors qu’il a été écrit avant Croc-Blanc, en 1903, mais voilà : Croc-Blanc forever in my heart. « Et pourquoi L’Appel de la forêt fait-il écho à Croc-Blanc ? » me direz-vous… MAIS PARCE QUE C’EST CROC-BLANC À L’ENVERS !!! Alors non, je vous arrête tout de suite, n’allez pas imaginer un gros toutou allongé, les quatre fers en l’air, la langue pendouillante, attendant des gratouilles sur le bidou ! Non. L’Appel de la forêt, c’est l’histoire de Buck, un chien domestique enlevé à son maître pour être revendu comme chien de traîneau. L’animal se retrouve confronté à la brutalité du monde sauvage, et comme Croc-Blanc, il doit lutter pour sa survie et se battre, beaucoup. Mais alors que Croc-Blanc finit sa vie avec une famille aimante, Buck devient chef d’une meute de loups dans le nord-canadien. Quand je vous dis que Darwin n’est pas loin !

Ces deux romans sont très inspirés de la vie de London, à l’époque où il a quitté San Francisco pour participer, lui aussi, à la ruée vers l’or du Klondike, dans le territoire du Yukon (allez checker sur Google maps, ça a l’air terrible – dans tous les sens du terme !), dans le nord canadien. Bien sûr, L’Appel de la forêt et Croc-Blanc ne sont pas les deux seuls romans de Jack London sur cette période de sa vie, il y a aussi Le Fils du Loup, qui est plus focalisé sur les hommes – principalement amérindiens – que sur les animaux sauvages.

Mais réchauffons-nous un peu maintenant ! Si vous voulez lire quelque chose qui parle d’avantage de la vie de Jack London, je vous propose Martin Eden, publié pour la première fois en 1909. Il s’agit d’un des quelques romans autobiographiques de London, et probablement le plus autobiographique de tous, compte tenu de ses nombreux points commun avec le héros éponyme, et de la manière dont il vit son ascension, puis son échec… Alors oui, j’ai effectivement dit que la vie de Jack London était une aventure, mais je n’ai jamais précisé de quelle manière, je vous prierais donc de ne pas râler ! Et puisque c’est comme ça, je vais continuer sur ma lancée ! Et toc !

Vous saviez que Jack London a fait un séjour en prison ? Il a effectivement été arrêté et incarcéré en 1894 pour vagabondage. L’auteur n’aura quasiment pas parlé de ce passage en pénitencier, mais la question de la prison et de sa brutalité sera abordée dans Le Vagabond des étoiles, un roman fantastique et réaliste de 1915. On retrouve le réalisme dans une dénonciation très engagée de l’univers carcéral et de sa cruauté, et le fantastique dans l’imaginaire de Darrel Standing, le héros. Celui-ci pratique l’auto-hypnose, lui permettant ainsi d’échapper psychiquement à sa cellule et à ses tourments pour rendre visite à ses vies antérieures. Dans Les Vagabonds du rail – qui inspira Jack Kerouac pour son célèbre Sur la route ! – il évoque également les mauvais traitements infligés aux détenus, les qualifiant d’ « impubliables » et d’ « impensables ». Et pour la petite anecdote, le roman a tellement fait polémique que la camisole de force a été interdite dans tous les pénitenciers américains, et qu’une réforme de la prison a été prononcée. Du moins en Californie.

Que vous ayez un côté bestial ou que vous vous intéressiez à la vie de Jack London, vous trouverez toujours votre bonheur dans ses récits et ses aventures. Quel autre auteur pourrait bien vous faire autant haleter d’excitation ? Peut-être ceux qu’il lisait lorsqu’il était enfant et qui ont influencé ses écrits, par exemple… Comme – allez, prenons-en un totalement au hasard… – un certain Robert Louis Stevenson. Alors oui, il a effectivement écrit L’Étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde, mais Stevenson était également un grand voyageur, et il a aussi et surtout écrit L’Ȋle au trésor, un roman d’aventures maritimes avec plein de pirates !

Souhaitons un bon 141e anniversaire à Jack London !

Victorieusement vôtre,

— Queen V’

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