L’importance des mots

Les mots. Ces petites choses du quotidien que l’on utilise, la plupart du temps, sans réfléchir. On en entend, on en voit, on en lit tous les jours des centaines, des milliers. Et pourtant. Pourtant, on devrait vraiment mieux réfléchir à ce que l’on dit, à la façon dont on dit les choses, aux mots qu’on utilise. Les mots, mis côte à côte, forment des phrases, et ces phrases sont supposées avoir un sens, vouloir dire quelque chose. En réalité quand on y réfléchit, les mots et les phrases reflètent notre pensée, ils permettent à notre entourage et au monde extérieur d’apprendre à nous connaître et de comprendre notre façon de penser et de voir le monde. À travers les mots transparaît toute notre personnalité, toutes nos pensées, tout ce qu’on a envie de dire et de partager avec les autres. Les mots ne sont pas sans importance, au contraire. Le choix des mots est un choix essentiel, il permet d’extérioriser notre réflexion le plus fidèlement possible et de se faire comprendre par les autres sans créer de malentendus.

Certaines personnes utilisent les mots à tort et à travers, comme s’ils étaient tous similaires, comme si la personne qui est destinée à recevoir ces mots ne méritait pas un minimum de réflexion ou d’effort. Ces gens là m’exaspèrent. On ne sort pas les mots les uns après les autres sans réfléchir aux conséquences que ces mots peuvent avoir sur l’autre. Chaque mot a un sens propre, même les synonymes ont une nuance. Ce n’est pas pour rien qu’il existe plusieurs mots pour traduire la même idée : chaque nuance correspond à une intensité différente. Prenons un exemple concret qui parlera à tout le monde : si vous êtes invités chez des amis et qu’ils vous servent un risotto au poulet et aux champignons, dans l’hypothèse où vous n’aimiez pas trop les champignons vous vous forcerez pour ne pas paraître impoli et pour ne pas vexer vos hôtes (en admettant qu’ils soient émincés tout petits petits et que vous ne puissiez pas trier votre assiette, je vous vois venir avec vos manies d’enfants !). Au contraire s’ils vous servent des moules frites et que vous détestez les moules, vous préférerez passer pour un impoli et ne manger que les frites plutôt que vous obliger à manger des moules, dont l’odeur seule vous donne la nausée (oui ça sent le vécu…). Eh bien cet exemple illustre bien la nuance entre « ne pas aimer » et « détester », qui pour beaucoup veulent dire la même chose. Dans le fond, bien sûr, c’est la même idée, mais le terme « détester » a un sens beaucoup plus fort et plus intense, et selon le contexte cette petite nuance peut changer beaucoup de choses.

D’autres personnes sont simplement maladroites et ne trouvent pas les mots justes pour exprimer ce qu’elles ressentent réellement. Celles-là sont facilement reconnaissables, et une fois qu’on le sait on arrive à être plus indulgent avec elles et à garder en tête que ce n’est pas simple pour elles de trouver les bons mots. Un peu comme votre meilleure amie maladroite à qui vous n’en voulez pas lorsqu’elle casse quelque chose, puisque vous savez qu’elle ne l’a pas fait exprès, qu’elle est comme ça et qu’elle s’en veut déjà assez elle-même. Ça peut même devenir attendrissant avec le temps (enfin évidemment, il ne faut pas abuser, il y a quand même des limites !).

Mais ceux qui m’exaspèrent au plus haut point sont ceux qui disent des choses qu’ils ne pensent pas réellement, ou qu’ils savent totalement fausses. Ces gens-là, au contraire, réfléchissent trop mais uniquement dans le but de nuire à l’autre. Je ne parle pas de ceux qui vous mentent pour éviter de vous faire souffrir ou pour ne pas vous blesser, je vous parle des menteurs, ceux qui ne veulent pas être honnêtes ni dire la vérité ; ils cherchent simplement à manipuler les autres grâce à des mots qui sont en réalité vides de sens. C’est comme s’ils effaçaient l’essence même des mots, comme s’ils ne respectaient pas la nature de ceux-ci.

Un seul mot peut tout changer, pour celui qui parle comme pour la personne qui écoute. Ce n’est pas pour rien que l’écriture est un travail qui demande du temps et de la concentration. Lorsqu’on parle, les mots sortent plus vite, parfois trop vite. Qui ne s’est jamais dit « C’est moi qui vient de dire ça ? Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire, je me suis mal exprimé(e)» ? Qui n’a jamais créé de malentendu en employant un mot trop fort, ou au contraire pas assez ? Lorsqu’on écrit, on a tout le temps de se relire, d’effacer, de corriger. C’est pour cette raison que la parole devrait être plus réfléchie : il faudrait prendre soin de choisir les mots adéquats, de visualiser les différentes possibilités et de sélectionner les mots qui nous semblent les plus justes, avant de se lancer et de parler. Les mots sont puissants, ils peuvent détruire plus vite que des coups, ou au contraire être un remède à une blessure profonde. N’est-il pas vrai que lorsque vous avez une mauvaise nouvelle à annoncer, vous réfléchissez plus longuement à la manière dont vous allez dire les choses ? Il faudrait faire cela plus souvent. Une bonne nouvelle mérite autant de réflexion quant à la façon de la dire qu’une mauvaise, et même peut être plus. Je ne dis pas qu’il faut réfléchir à chaque fois que vous ouvrez la bouche et changer votre façon de dire bonjour le matin à vos amis ou vos collègues. Je dis simplement que les mots ne se balancent pas sans penser aux répercussions et à ce qu’ils veulent réellement dire.

Je n’ai pas l’ambition de croire que j’ai pu changer votre façon de voir les choses, mais j’espère qu’après avoir lu cet article, vous réfléchirez plus souvent à ce que vous dites et à comment vous le dites. Votre famille, vos amis, tout votre entourage mérite que vous utilisiez les mots justes. La langue française est riche, il y a (presque) toujours plusieurs manières d’exprimer votre idée, mais toutes ces manières ne correspondent pas forcément au sentiment réel que vous voulez transmettre. Trop de malentendus naissent simplement du mauvais choix d’un mot, épargnez-vous des prises de tête inutiles, cela vaut bien quelques secondes de réflexion vous ne croyez pas ?

— Manou

6 réflexions au sujet de « L’importance des mots »

  • Nous ne sommes pas nés à la bonne époque, à mon humble avis. Peu de gens prennent encore le temps pour.. presque tout.

    Les sophistes sont, et ont toujours été légion, mais à l’heure actuelle, je trouve que la société leur donne trop de crédit… Cela envahi notre quotidien, et « pollue » nos réflexions.

    Tu le dis justement, nos proches et nos interlocuteurs en général méritent que l’on prenne du temps. Pour ne pas être en décalage avec notre pensée, l’écriture reste, je trouve, la meilleure des choses !

    Merci pour cet article, un coup de gueule tout en finesse 😉

    • Bonsoir Pierre Louis !

      Déjà merci pour ton commentaire, je suis ravie que tu aies apprécié ce texte 🙂 Ensuite je suis tout à fait d’accord avec toi, plus personne ne prend malheureusement le temps de faire quoi que ce soit, tout doit aller trop vite et nous sommes obligés de suivre…
      Effectivement l’écriture est un bon moyen de prendre le temps de bien réfléchir à ce que l’on veut communiquer ! Mais justement, avec ce texte je veux mettre l’accent sur les interactions orales où l’on peut parfois créer de gros malentendus involontaires, alors que si on réfléchissait un tout petit peu avant de parler on pourrait en éviter beaucoup 🙂

      Manou

  • Un article fort plaisant à lire. :3
    Moi, une attitude qui m’agace, c’est quand une personne, après que j ‘aie reformulé son propos avec des termes que je trouve mieux adaptés pour être certain d’avoir bien compris ce qu’elle disait, me répond « Oui, si tu veux. » d’un air lassé.
    On me dit souvent que je suis maniaque, mais je ne pense pas, puisque je fais moi même pas mal ce genre d’erreurs. Je pense simplement que si quelqu’un me dit quelque chose, je me dois de le comprendre précisément (mais il y a bien sûr beaucoup de cas pour lesquels je m’en tamponne l’oreille avec une babouche).
    Bon, après je suis assez maniaque au sujet des expressions, notamment « Si j’étais toi », qui me semble être une manière maladroite de dire « Si j’étais à ta place ».
    Bref, je vais arrêter de raconter ma vie.
    Bonne continuation. 😉

    • Bonsoir MasterEwink !

      Merci pour ton commentaire, cela me fait très plaisir 🙂
      Je suis tout à fait d’accord avec toi, parfois pour être certains de bien se comprendre il n’est pas inutile de reformuler ce qu’a dit l’autre, et c’est là qu’on se rend compte qu’on a tout compris de travers (ou au contraire, qu’on a bien compris l’idée) !
      Ne t’inquiètes pas, chez les Renards aussi on a quelques « maniaques » (évidemment j’en fais parti) de la langue française et des expressions, mais je ne pense pas que cela soit un défaut au contraire ! 😉

      Manou

  • Hello !

    Tout d’abord merci pour cet article : )
    Comme il avait été annoncé sur facebook je l’attendais :p

    Dans l’ensemble tu plaide pour une utilisation de la langue réfléchie et honnête. Pour cela tu t’appuie sur l’aspect objectif d’un mot. L’exemple du repas exploite cet argumentaire : il faut choisir la bonne nuance objective. Si j’ai bien compris le propos.

    Dans l’ensemble je suis d’accord avec toi : les mots sont révélateurs des intentions et du background de l’individu et il est précieux de savoir s’exprimer précisément.
    Il y a quand même quelques points sur lesquels je ne suis pas en accord total ou qui n’ont pas été abordés.

    D’abord et ça me semble être le plus important, la société façonne la langue et la langue la façonne en retour. On a souvent l’impression que la transmission culturelle d’une génération à l’autre se fait par des contenus ou des supports physiques. Mais la langue est un support virtuel qui conditionne la pensée. Ici c’est délicat parce qu’on touche à la sémantique. C’est là que commence à apparaître tout le caractère subjectif et conditionnant des mots.

    Subjectif d’abord : Quand j’utilise le mot « chaise » dans une phrase, j’ai une image qui s’y associe. Mais cette image est très personnelle, elle est liée à mon vécu. Je vois les mots qui l’entourent aussi : assis, dossier, bois, pattes, …etc. On commence seulement à toucher à l’aspect subjectif du mot et on voit bien qu’un même mot peut avoir des significations différentes. On peut sortir de la perception-image et aller jusque dans les concepts : Énorme. Je crois que ce mot est assez représentatif de notre génération, de la tendance à l’exagération :

    « Viens vite, Gontrand a pété la gueule à Charles-Henri, c’est énorme »
    « Les états unis viennent de déclarer la guerre à la Russie, c’est énorme »

    Est ce que la première utilisation du mot « énorme » est moins juste que la seconde ? Quand on mets les deux phrases l’unes à côté de l’autre on peut le croire. Moi je suis d’avis qu’elles se justifient toutes les deux. La première parce qu’elle est exprimée dans un contexte où le sens du mot et son utilisation sont altérée par une convention tacite. La seconde parce qu’elle décrit un événement aux proportions énormes. Ici on est dans le sens langue qui conditionne la société.

    Conditionnant ensuite : Je reprends l’exemple de « énorme ». Admettons que j’ai grandi dans une famille où on utilise souvent cette formule comme emphase pour décrire quelque chose qui sort de l’ordinaire. Dans ce cas de figure, le sens qu’il a acquis en moi a plus d’importance à mes yeux que le sens qu’on décrit dans le dictionnaire.
    Et là on touche à un aspect fondamental de la langue : elle est vivante. Le sens des mots évolue, leur graphie, leur utilisation, leur contexte aussi. Parce que si ce mot a un sens différent pour moi, je vais le transmettre, comme on me l’a transmis avec cette modification. Et c’est toute la société qui s’en trouve changée.
    On peut aller plus loin : Quand je rentre dans un hôpital qu’est ce que je vais voir en premier ? Faites l’exercice. Quel mot vient en premier ? Docteur ? Infirmière ? Malade ? Salle d’attente ? Chambre ? …etc. Pourquoi dans ce contexte une personne est-elle un docteur avant d’être un voisin ? C’est le conditionnement sémantique qui va parfois te pousser à te conduire envers un individu en fonction de son titre plutôt que sur des critères observables ou physiques. Prenez un ministre et un sans abris, naturellement vers lequel va votre empathie ? Pourtant le ministre est peut être très compétent et humain et le sans abris un salopard fini.

    C’est un domaine fascinant (et je pèse mon mot) que celui de la sémantique.
    Tu dis dans le premier paragraphe que les mots reflètent notre personnalité. Je suis d’accord. J’irais même plus loin, notre personnalité est certainement dépendante de la structure de notre langue. J’y pense souvent quand je lis des traductions du japonais avec des notes explicatives. La construction du langage japonais est différente de la française. Dans quelle mesure les différences culturelles découlent-elle de cette façon différente de structurer la pensée ?

    Donc tout ce blabla pour dire que… oui il faut choisir ses mots. Mais je crois aussi qu’on a pas toujours le choix. Et que quand on l’a, ce n’est peut-être pas toujours la meilleure solution que d’aller vers le sens le plus strict du mot qu’on va utiliser.

    Je ne suis pas certain d’avoir raison, mais c’est le point de vue que je souhaite défendre :p

    En complément j’invite n’importe qui à lire :
    – Une carte n’est pas le territoire, de Korzybski. (Vieux, mais toujours actuel)
    – La peur de la liberté, de Fromm (ça parle pas de français mais il conceptualise bien le phénomène de conditionnement et contre conditionnement qui me semble transposable ici).

    • Bonsoir Than !

      Déjà merci pour ton commentaire !
      Ensuite effectivement, je n’ai pas beaucoup abordé le côté subjectif du langage, il me semble que c’est un thème tellement vaste qu’il mériterait un article tout entier. Chacun s’approprie le sens des mots qu’il utilise, et il n’est évidemment pas le même pour tout le monde ! Mais c’est une toute autre chose, je pense, d’employer le mauvais mot (que ce soit volontaire ou non) sans lever le malentendu qui a pu s’installer avec l’interlocuteur. Et pour ça, eh bien il suffit d’en parler ou de vérifier que les deux personnes interprètent ce qui a été dit de la même manière.
      Pour tes deux phrases avec « énorme », je suis d’accord avec toi les deux emplois sont justifiés et cela dépend d’autres facteurs extérieurs au sens littéral du mot. Et comme tu le dis, une langue est vivante et évolue donc forcément le sens peut changer ! C’est d’ailleurs l’une des nombreuses choses qui rend la langue fascinante je trouve !
      Certes, on en revient toujours à la même conclusion: le langage est subjectif et tout le monde ne comprendra jamais les choses de la même manière, mais il y a tout de même des connotations qui sont, en général, plus ou moins les mêmes pour tout le monde.
      La différence touche absolument tous les domaines mais elle n’est pas une fatalité, il suffit de s’expliquer et d’accepter de ne pas être toujours en accord ou de voir les choses différemment, même dans note façon de parler et de conceptualiser les mots 🙂

      Merci encore de nous suivre et d’être aussi actif, nous apprécions beaucoup tes réactions et tes remarques intéressantes !

      Manou

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