Martin au pays des femmes

Lui c’est Martin, il a 30 ans et dans son monde, ce sont les femmes qui ont le pouvoir.

        Martin sexe faible, à l’origine, c’est une web série diffusée sur Studio 4 (une formidable plate-forme qui diffuse notamment les vidéos du French Ball) créée par Juliette Tresanini, Paul Lapierre et Antoine Piwnik. Et vla-ti pas qu’il y a quelques jours, j’apprends sur les réseaux sociaux qu’un roman vient de sortir !

1540-1        Le livre se présente sous la forme d’un journal, celui de Martin, qui retrace jour après jour sa vie d’homme oppressé. Si on retrouve les épisodes de la web série narrés du point de vue du personnage, on a surtout le droit à de nouvelles mésaventures du garçon dans cette merveilleuse satire.

        L’idée derrière ce concept, c’est de dénoncer le sexisme ordinaire. Avant toute chose, mettons-nous d’accord sur ce qu’est le sexisme ordinaire : « ce sont des stéréotypes et des représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes.»[1] Pour plus d’informations, je vous invite à aller consulter le site sexismeordinaire.com, créé autour du livre de Brigitte Grésy Petit traité contre le sexisme ordinaire, et qui recense des témoignages sur ces comportements devenus malheureusement « banals ».

        Plus concrètement, ce sexisme ordinaire se manifeste dans notre vie de tous les jours sans qu’on ne s’en rende réellement compte. Faites le test : allumez Public Sénat et comptez le nombre de femmes présentes et ensuite, hurlez.

        Mais revenons à notre roman. Pour dénoncer cette pratique, les scénaristes de Martin sexe faible ont trouvé une solution coup de poing : inverser les rôles. Malheureusement, beaucoup trop d’hommes (et de femmes) pensent encore que cette histoire de sexisme ordinaire n’est qu’une invention des féministes qui ont la touffe en feu (et encore, croyez moi, je suis polie). L’idée est donc de dépeindre un monde où ils en sont eux-mêmes victimes (ainsi, comprenez bien que pour la suite de cet article, là où je mentionne un homme dans le roman, cela renvoie à une femme dans la vie réelle), où un emploi leur est refusé parce que « la DRH avait déjà dix congés pater sur le dos », où il est mal vu que les hommes soient torse nu parce que « c’est connoté », où les produits de beauté masculins sont 30 à 50% plus chers que ceux pour les femmes…

       Par la forme du journal, l’auteur dénonce aussi, en jouant sur les clichés, la littérature féminine, « la chick lit », qui présente malheureusement trop souvent un personnage féminin niais qui a pour seul but dans la vie de trouver un mari et faire une ribambelle de gamins. Si ces femmes là existent, elles ne sont qu’une partie de la population féminine mondiale alors qu’il existe bien d’autres personnalités qui seraient intéressantes à mettre en scène, mais malheureusement, c’est rarement le cas. Martin, lui, oscille entre raisonnements sexistes et volonté de faire changer les choses en s’engageant pour l’égalité.

        Le roman présente aussi plusieurs images de femmes à la misandrie [2] plus ou moins assumée, que ce soit dans le travail, dans la vie sociale ou amoureuse. Celle qui exhibe son épais portefeuille, celle qui fait de la galanterie mal placée, celle qui fait des blagues douteuses… Les hommes en prennent pour leur grade ! Mais heureusement, on nous présente aussi des femmes normales, simples, comme il y en existe encore.

        Certains épisodes du roman ou de la web série, comme celui sur le harcèlement de rue, sont terrifiants de réalisme et font remonter en toi le malaise que ce genre de situations provoquent dans la vraie vie.

        Comme je suis là à crier au génie depuis plusieurs lignes, vous allez penser que je conseille à la terre entière de lire Martin sexe faible, pour en finir avec le sexisme ordinaire et tout ça. Mais malheureusement non. Comme je le disais, ce livre est une satire, c’est-à-dire un ouvrage dans lequel l’auteur critique les mœurs de son époque, généralement au moyen de la caricature (parmi les plus grandes satires on trouve par exemple Les Fables de La Fontaine, de nombreuses comédies de Molières ou, mon petit préféré, Les Caractères de La Bruyère), et ce genre n’est malheureusement pas à la portée de tout le monde. Il faut, pour l’apprécier, s’ouvrir au second degré, accepter l’utilisation de clichés que l’on tourne en ridicule, pour que la satire fasse marcher sur vous sa vertu magique et salvatrice.

        Alors si vous vous sentez prêts pour tout cela, je vous invite à vous rendre sur la chaîne Youtube du Studio 4 pour regarder Martin sexe faible et en librairie pour acheter le roman. Pour en finir avec le sexisme ordinaire et laisser les femmes faire, je sais pas moi, ce qu’elles veulent peut-être.

— Pasto

Martin sexe faible, Journal, Antoine Piwnik, aux éditions Équateurs, 2016

[1] http://www.sexismeordinaire.com/qu-est-ce-que-le-sexisme-ordinaire

[2] La misandrie est le penchant inversé de la misogynie, c’est-à-dire un sentiment d’hostilité ou de mépris envers les hommes.

 

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