Rébecca Dautremer

Comme vous le savez tous (ou pas), hier, c’était la journée internationale des livres pour enfants. L’occasion est donc idéale pour commencer ma chronique sur les illustrateurs jeunesse, vous ne trouvez pas ? Je vais aujourd’hui vous parler d’une illustratrice dont j’admire énormément le travail. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si je commence ma série d’articles par cette fabuleuse dessinatrice ! Ah, une petite précision pour vous, chers lecteurs : je vais écrire quelques articles à propos d’illustrateurs que je rencontre durant mon stage dans une librairie jeunesse, mais les différents artistes que je vais vous présenter ne se cantonnent pas FORCÉMENT qu’au domaine de la jeunesse ! Je vous parlerai de mes coups de cœur, donc je ne ferai référence qu’à des ouvrages dédiés aux plus jeunes car c’est le domaine dans lequel je travaille, mais il n’est pas exclu que les dessinateurs aient fait de nombreuses autres choses « pour adultes ». D’ailleurs, je leur souhaite à tous de pouvoir élargir leur champ de travail s’ils le veulent, car ils sont tous plus talentueux les uns que les autres ! Sur ce, passons au sujet de cet article : Rébecca Dautremer.

Je vais commencer par vous la présenter, sinon, je passerais pour une petite impolie.  Rébecca Dautremer est née à Gap en 1971. Avant de devenir dessinatrice, elle s’est d’abord passionnée pour la photographie. Elle étudie le graphisme à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD), et très vite elle s’intéresse de plus près à l’illustration jeunesse, soutenue et encouragée par ses professeurs (c’est beau). C’est d’ailleurs pendant ses études à l’ENSAD que Rébecca commence son travail d’illustratrice pour la maison d’édition Gautier-Languereau, en créant d’abord des livres de coloriage et des décalcomanies (mais si, vous savez, les supers petits dessins sur des feuilles transparentes à calquer sur une feuille, en gribouillant le petit dessin avec un crayon de papier pour qu’il se transfère sur la feuille en dessous ! C’était génial, j’adorais ça quand j’étais petite, pas vous ?). En 1995, la maison d’édition lui commande son tout premier album, La chèvre aux loups de Maurice Genevoix, qui sortira en 1996.

Gautier-Languereau lui a de suite recommandé un deuxième ouvrage Au clair de la terre, qui est publié en 1997 et dont elle est également l’auteure. Peu à peu, Rébecca Dautremer commence à se faire une réputation dans le milieu et elle est sollicitée par d’autres maisons d’édition comme Magnard ou Bilboquet. Vous le constaterez vous-même si elle vous intéresse et si vous cherchez un peu, mais elle est plutôt très productive et compte pas mal d’albums dans sa bibliographie (plus d’une trentaine en plus ou moins 20 ans, je trouve que c’est respectable !). D’ailleurs, elle est mariée avec un auteur jeunesse, Taï-Marc Le Thanh, et elle a illustré quelques uns de ses albums : Babayaga, Yéti ou encore Cyrano [illustrations 2 3 et 4]. Il suffit de regarder quelques-unes de ses illustrations pour se rendre compte de la beauté de son travail, et on comprend rapidement pourquoi elle est autant sollicitée ! Ses dessins sont à couper le souffle, chaque page sortie de ses pinceaux est un réel tableau d’artiste. Personnellement, si je pouvais, j’encadrerais toutes ses pages pour les accrocher un peu partout dans ma maison, je suis totalement sous le charme !

  Rébecca Dautremer travaille également pour la presse jeunesse et pour la publicité. Elle a par exemple collaboré avec Kenzo pour le parfum Flower , vous savez, ce parfum décoré de coquelicots ? Ne vous inquiétez pas, si vous ne voyez pas, ce n’est vraiment pas grave, moi je le connais seulement parce que regarde beaucoup trop la télé et que je peux vous réciter toutes les pubs par cœur, alors…  (bon, j’abuse un peu mais pas loin quand même !). C’est également elle qui a illustré l’album et animé le film Kérity, la maison des contes, sorti en 2009 (le film et l’album sont parus la même année) et réalisé par Dominique Monféry. . Certains de ses albums ont été adaptés au théâtre, ce qui l’a amenée à s’aventurer dans le dessin de costumes scéniques. Comme vous pouvez le constater, elle est plutôt très occupée et présente dans différents domaines, pour notre plus grand bonheur d’ailleurs ! Elle a également enseigné à l’école Émile Cogh de Lyon, une école d’art (étonnant n’est-ce-pas ?). On pouvait retrouver certains de ses originaux dans deux galeries de Paris : « Jeanne Robillard » et « Galerie 9e Art » (mais malheureusement pour vous je crois bien que ces expositions sont terminées… mais elles reviendront certainement, Rébecca Dautremer n’est pas encore à la fin de sa carrière !). D’ailleurs, elle a eu deux prix pour ses albums : le prix Sorcières pour L’Amoureux en 2004 et le prix Paille en Queue au Salon du Livre jeunesse de l’Océan Indien pour Elvis (avec un texte de Taï-Marc Le Thanh). 

Au niveau de son style, elle s’inspire beaucoup de la photographie, son premier domaine de prédilection. Cette inspiration est présente au niveau du cadrage, du jeu des couleurs et de la lumière dans ses œuvres. Elle propose souvent des illustrations à plusieurs niveaux de lecture, en réfléchissant à la composition, en jouant sur la profondeur de champs et les flous. Elle a un style immédiatement identifiable, d’ailleurs je connaissais ses œuvres avant même de savoir qui elle était puisqu’il existe des calendriers et, il me semble, même des agendas avec ses dessins. Elle utilise principalement les techniques de la gouache sur du papier aquarelle grand format, et parfois de la mine de plomb. Elle dit qu’elle aime qu’il y ait toujours un petit quelque chose d’étrange dans ses dessins, « un petit caillou dans la chaussure[1] » qui dénote du reste de l’image, il ne faut pas qu’une illustration soit trop lisse ou trop parfaite, elle ajoute donc toujours une petite touche de bizarrerie. Elle définit son style « en relief inverse[2] », elle explique mieux maîtriser les jeux de lumière que le dessin en lui-même. Elle ne travaille que sur des livres où l’image est réellement mise en valeur, c’est pourquoi on la rencontre principalement sur des albums, où la place de l’image prend souvent le pas sur le texte. Cependant, son style lui permet de s’étendre aussi à un public adulte.

          Les illustrations de cette artiste me laissent toujours rêveuse et contemplative. Son utilisation des couleurs et de la lumière me fascine, et j’ai réellement l’impression d’entrer dans un autre monde et de voyager lorsque je lis un de ses albums. Ses oeuvres sont pleines de poésie, et il y a en même temps un aspect parfois dur et réel qui contraste avec l’univers souvent onirique dans lequel se trouvent ses personnages. Bien évidemment, je ne suis pas critique d’art et ce n’est que mon humble avis de lectrice amatrice de beaux textes mais également de belles illustrations. Je vous laisse à présent contempler quelques-unes de ses planches, juste comme ça, pour le plaisir des yeux.  

Mes petits papiers

 

– Manou


[1] http://www.dailymotion.com/video/xurtuu_rebecca-dautremer-pour-le-livre-soie-a-mulhouse-interview_creation

[2] https://www.youtube.com/watch?v=c1xp24E29JI

 

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