La rentrée littéraire de Sellylis – Neverland de Timothée de Fombelle

Il y a des auteurs qu’on admire, à qui l’on doit une partie de notre enfance.

 

Pour ma part, il y a Timothée de Fombelle. J’avais 11 ans et, dans mon collège, j’avais un accès illimité au CDI parce que j’étais copine avec la documentaliste. Enfin, Madame B. m’avait prise sous son aile. Elle m’aimait bien, je l’adorais, elle était drôle et riait à mes blagues mais surtout, on échangeait beaucoup sur la lecture. À l’époque, je lisais déjà des trucs pour les grands : entre deux sagas historiques pour pré-ado, je m’étais quand même retrouvée à lire le témoignage d’une saoudienne brûlée à l’acide. Madame B. préférait alors que je lise des choses adaptées à mon âge. Et un jour, elle m’a mis entre les mains un pavé qui a changé ma vie : Tobie Lolness de Timothée de Fombelle. Autant vous dire que je l’ai dévoré et que j’ai pleuré quand j’ai su que je devais attendre plusieurs mois pour avoir la suite. Madame B. s’est même fait remonter les bretelles parce qu’à cause d’elle, je lisais en cours, notamment en maths, et ça se ressent encore aujourd’hui sur mes capacités en calcul mental. Mais le sujet n’est pas là. Timothée de Fombelle est donc entré dans ma vie comme une comète et a bouleversé ma vision de la littérature. Il m’a fait réaliser que la poésie existait encore et qu’elle prenait différentes formes.

 

Récemment, lors de ma visite hebdomadaire chez mon libraire préféré, je suis partie en chasse pour sélectionner ma lecture de la rentrée littéraire. Cette année, j’étais bien décidée à ne pas me faire avoir, l’an dernier ayant été assez décevant. C’est alors que mon regard a été accroché par un bandeau sur lequel figurait un nom qui m’était familier : Timothée de Fombelle. Ça alors ! Pour une surprise ! « Il a écrit un nouveau roman ! » me suis-je exclamé un peu trop fort dans la librairie. « Oui, et à ce qu’il paraît, il est merveilleux. » me répondit Monsieur T., le libraire. Ni une ni deux, je m’en empare, l’achète, le fourre dans mon sac et trépigne intérieurement. J’ai hâte de l’ouvrir.

 

Quelques jours plus tard, alors que je finis mes précédentes lectures, je me dis qu’il est enfin l’heure. Je suis seule dans ma chambre, mes colocataires sont parties, et pour une fois, il n’y a pas un bruit dans la maison. Le vent souffle dehors mais je suis au chaud, alors le moment est parfait. Je coupe la musique et je sors le livre de sa cachette. D’abord, je le caresse. C’est un très beau livre, un merveilleux objet, doux et souple mais qui paraît incassable. Mes doigts courent sur les rainures de la couvertures et effleurent les pages comme parfois, on peut caresser le corps d’un amant. Je trace le titre avec mes doigts, je plonge mon nez au creux des pages et j’inspire. Je me laisse enivrer par le doux parfum de l’encre et du papier. Ce livre renferme quelque chose d’un peu particulier, de magique. Quels secrets renfermes-tu Neverland ?

 

C’est un récit de voyage, Neverland, celui du narrateur qui part à la recherche de l’enfance pour « la capturer entière et vivante. » Mais c’est aussi le récit de notre voyage intérieur à nous, lecteurs, vers nos plus beaux souvenirs d’enfance. En hommage à J.M. Barrie, l’auteur se met en quête de son Peter Pan. Que reste-t-il de son enfance ? Des fragments de souvenirs, des odeurs, des sons, des sensations étranges qui nous font prendre conscience que parfois, le corps n’est qu’une enveloppe charnelle qui contient tout ce qui fait que nous sommes humains : créatures d’émotions. Son enfance à ce narrateur, elle est cachée dans la maison de ses grands-parents, celle où il allait pendant les vacances. Cette maison et ce terrain où tout n’était qu’un jeu, où l’imagination était la seule loi et où la bienveillance régnait.

 

Et je ne vous en dirai pas plus. Le livre n’est pas long, à peine une centaine de pages. Il est beau, il sent bon et il va vous bouleverser pour une raison très simple : il va non seulement faire remonter des souvenirs que vous aviez enfouis, mais il va aussi vous toucher par la douceur de ses mots. Timothée de Fombelle est un poète, ses mots sont choisis avec sagesse, douceur et pertinence. Le texte est dense, mais il en découle une simplicité telle que les phrases s’enchaînent facilement. C’est un livre fait pour être conté. Souvent, je me suis retrouvée à lire des passages à voix haute, fascinée par la facilité avec laquelle les mots s’échappaient de ma bouche.

 

Peut-être même, si vous lisez ce livre, vous pleurerez. Comme moi. J’ai dû, à trois reprises arrêter ma lecture. Le flot de souvenirs était trop important et surtout inattendu. J’ai pleuré en pensant à mes étés d’enfant, dans le jardin de ma grand-mère, lorsque nous inventions mille et un jeu, et qu’à la fin de la journée, à peine assommés par le sommeil, nous devions nous calmer. J’ai revu les visages, les paysages, les couleurs. J’ai presque senti l’odeur de l’herbe séchée par le soleil et celle humide dans la montagne. J’ai eu l’impression de me retrouver sous la couverture qui gratte, dans la maison où nous partions en vacances. J’étais entourée, submergée par mes souvenirs.

 

Ce livre est une madeleine de Proust concentrée. Il ne se lit pas, il se vit, se ressent. C’est un bijou pur. Une parenthèse de poésie et d’enchantement, et je vous le conseille aussi vivement que possible.

 

Si ma précédente rentrée littéraire s’était avérée décevante, cette année, elle remonte le niveau et place la barre très haut pour l’année prochaine.

 

Allez, à tantôt mes amis.

 

-Sellylis

 

Neverland, Ed. L’Iconoclaste, 120 p., 16 €

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