Shake the cam – Et pour finir, quelques extras… Quand on filme le Barde

Et voilà, notre chronique non exhaustive sur les adaptations shakespeariennes est désormais close. Inutile de le préciser, mais nous nous sommes attardés uniquement sur une petite poignée d’adaptations les plus connues. Libre à vous de découvrir certaines surprises encore jamais vues sur ces traductions cinématographiques et de nous les faire partager ! Nous pouvons maintenant clore cette chronique pour nous attaquer à un autre auteur, contemporain cette fois …mais avant le lever de rideau final sur la scène élisabéthaine, je vous propose un petit best-of très rapide et très succinct des  films qui traitent de Shakespeare, non pas de ses adaptations mais du Barde lui-même, de celui qui se trouve derrière la plume. C’est parti pour notre dernier détour Shake the cam avec quelques extras…voyez cela comme un bonus.

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  • Looking for Richard – Al Pacino – 1996

Looking for Richard, c’est l’histoire d’une représentation de la pièce Richard III, plus précisément de sa mise en scène avec, dans le rôle principal, un certain Al Pacino qui, pour le coup, endosse aussi la casquette du documentariste. Cette enquête s’avère plutôt originale dans sa forme. Avec une caméra embarquée, Pacino et son fidèle ami Frederic Kimball s’amusent à interviewer aussi bien des passants new-yorkais que des spécialistes du sujet. On a droit à des propos forts et justes, comme un passant qui n’hésite pas à avouer s’être ennuyé devant des représentations, ou encore un autre qui déclare que la prose du barde peut résoudre des conflits. En parallèle, l’acteur s’amuse à filmer des scènes de la représentation de Richard III, découpant son film en fonction des différents actes de la pièce. On a donc droit à une sorte de mise en abîme de l’adaptation avec un casting pour le moins remarquable. Que ce soit sur scène ou dans les coulisses, dans la rue, dans les soirées mondaines, Pacino parvient à capter toutes les facettes de la vision actuelle du poète élisabéthain. Une réussite

  • Opération Shakespeare – Penny Marshall – 1994862f6trq

Malheureusement, le barde en tant que sujet de fiction n’a pas échappé à la supercherie et à la superficialité. C’est le cas avec Opération Shakespeare, en anglais Renaissance man. Le
joyeux Danny Devito incarne un publiciste forcé de prendre un congé sabbatique en raison de son incompétence. Détesté par sa propre fille, le pauvre homme n’a d’autre choix que de retrouver rapidement un boulot. Il finit par décrocher un travail de professeur dans une base militaire où il doit enseigner à une poignée de jeunes soldats, jugés « limités intellectuellement  » par leur supérieur,  les bases de la langue. C’est alors que Shakespeare fait son apparition à travers l’ouvrage d’
Hamlet qui va fasciner les jeunes bleuets.

Que ce résumé est long pour un film aussi vide. En gros, c’est du Cercle des poètes disparus passé à la moulinette moralisatrice et bien-pensante. Un film vite vu, vite oublié, qui ne fait pas de mal à voir mais qui ne fait rien non plus. Et Shakespeare dans tout ça ? C’est le difficile pivot d’une intrigue bien pensée mais mal traitée. Cela dit, le dramaturge n’est pas maltraité non plus mais nous avons l’impression de recevoir un petit cours d’une heure et demie  sur pourquoi Shakespeare est bien. S’il y avait eu un peu plus d’audace et moins de fausse candeur, alors peut–être que cette vision du Barde aurait eu davantage d’intérêt.

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  • Shakespeare Wallah – James Ivory – 1965

Quel immense premier film de la part du réalisateur américain so british James Ivory et quelle remarquable manière de traiter Shakespeare. L’intrigue est plutôt simple : nous suivons le quotidien d’une famille de comédiens britanniques, les Buckingham, installée en Inde et dont la spécialité n’est autre que le répertoire shakespearien. Face aux difficultés à trouver des lieux de représentations, ils ne peuvent que constater le désintérêt progressif du théâtre face à la montée de l’industrie cinématographique indienne. Dans cette situation incertaine, Lizzie, la fille des Buckingham, fait la rencontre de Samju, jeune cinéaste qui est aussitôt fasciné par la talentueuse comédienne.8032700991250

Shakespeare Wallah est une excellente fiction traitant le sujet  de façon mélancolique à la manière d’un monde qui s’efface mais dont le vers enchanteur retentit encore vaillamment malgré le désintérêt populaire et l’avènement du média moderne.

Nostalgique, traité avec un certain sens du naturel, Shakespeare Wallah ne tombe jamais dans le pathos politique même si la colonisation britannique apparaît  peut-être en filigrane. Dans cette Inde post-colonialiste, l’intrigue du film est principalement consacrée à la rencontre entre deux univers artistiques : théâtre et cinéma symbolisés en relief par cette histoire d’amour entre Samju et Lizzie.

Tournant autour de l’œuvre importante du dramaturge sans jamais s’y figer, Ivory nous entraîne dans une parabole fascinante et bouleversante aux frontières du monde du spectacle, au sens propre comme au sens figuré.

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  • Shakespeare in love – James Madden – 1998

Un film plutôt plaisant à regarder pour qui aime les histoires de cœur. Oui, c’est cliché d’écrire ceci mais il faut dire que SIL est très cliché dans sa forme.

Shakespeare in love met en scène la création de la pièce Roméo et Juliette. Sous l’apparence d’un faux biopic, nous suivons une histoire d’amour traitée en toute légèreté entre l’arrogant poète William Shakespeare et la tendre et passionnée Viola de Lesseps qui se fait passer pour un homme afin de pouvoir incarner un rôle dans la dernière pièce de son dramaturge préféré.shakespeare-in-love-98-04-g

Shakespeare in love n’est clairement pas un bon film historique pour qui chercherait à en savoir plus sur l’énigmatique poète. Ce n’est carrément pas un biopic mais une véritable comédie romantique qui a cependant le mérite de se laisser regarder sans doute grâce à sa vitalité et sa fraîcheur un peu naïve. Ainsi, le film semble vouloir jouer sur la joyeuse carte de l’anachronisme par effets de style : les couleurs sont chatoyantes, le ton est drôle, le vers du Barde cohabite avec des répliques plates mais ne soyons pas difficiles. Même si à aucun moment le film ne se révèle intelligent (notons l’anecdote du comédien travesti et de l’interdiction pour les femmes de jouer au théâtre qui demeure à peine approfondie, juste un petit rouage de l’intrigue …), Shakespeare in Love a le culot de transformer, pendant deux heures, la vie du barde en comédie d’amourette sympathique. Le résultat s’avère plutôt bien interprété (surtout pour ces seconds rôles) et coloré mais complètement stérile quant au traitement historique de son sujet.

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  • Anonymous – Roland Emmerich – 2012

Achevons cet article sur les films traitant de Shakespeare avec Anonymous de Roland Emmerich, maître du film-catastrophe made in USA, qui a décidé de réaliser un film historique à contre-emploi tournant autour de la véritable identité du barde.

L’intrigue débute alors qu’un certain Benjamin Johnson, jeune auteur de théâtre, se retrouve emprisonné et torturé. Un flash-back nous entraîne quelques années en arrière pour découvrir le pourquoi du comment avec cette rencontre décisive entre le pauvre Johnson et un certain comte d’Oxford nommé Edouard de Vère. À travers cet homme, l’ombre du plus célèbre des dramaturges n’est pas loin.938495 -Anonymous

En totale opposition avec Shakespeare in love, nous avons affaire ici à un véritable thriller historique. Sans jouer la carte du mystère sur la véritable identité du dramaturge, Emmerich et le scénariste John Orloff  affichent  une vision sombre et complexe de la vie du poète. Malheureusement, le film n’évite pas les écueils un peu lourdingues malgré un bon traitement visuel…Les pièces et leur créateur sont  ici relégués au second plan pour donner plus de place à l’Histoire. Le résultat s’enlise dans des intrigues presque rocambolesques à coups de complots, de soif de pouvoir et de relations incestueuses… La vie de Shakespeare est entourée de mystères ; c’est sans doute l’un des auteurs les plus célèbres mais sa vie demeure une énigme opaque. C’est ce fil rouge que Roland Emmerich cherche à tisser à travers ce biopic mais le réalisateur semble avoir perdu de vue le traitement même de son personnage et Anonymous donne l’impression de n’être qu’un vaste écran de fumée nous laissant sur notre faim.

Parmi ces cinq films sur Shakespeare et son œuvre, il me semble que seuls ceux qui traitent de l’œuvre du dramaturge dans un contexte moderne, sinon actuel, méritent toute notre attention comme Looking for Richard et Shakespeare Wallah… Peut-être l’important n’est pas de mettre en scène le dramaturge lui-même mais de retracer l’impact de son œuvre ? C’est ce que ces deux films parviennent à faire même si on peut souligner l’éclectisme que suscite le traitement cinématographique de la vie du dramaturge à travers la comédie romantique dans Shakespeare in love ou encore le thriller historique dans Anonymous.

— Dr. Blaze

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