Ta deuxième vie commence… Retour sur un succès d’un livre entre-deux

De l’importance de bien ranger les livres en librairie.

Il y a des livres qui marquent les étés, et incontestablement, Ta deuxième vie commence lorsque tu comprends que tu n’en as qu’une en fait partie. Mieux que cela, il a même marqué l’année 2016 – et il est peu probable que vous soyez passés à côté ! Plébiscité entre autres par Biba, le livre s’est donc vendu comme un petit pain au chocolat(ou une chocolatine, pour faire plaisir au Dr. Blaze). Honnêtement, il fait partie de ceux que l’on m’a le plus demandé en librairie, et il figure toujours en belle place sur les présentoirs.  Et pourtant, il est sorti il y a plus d’un an !  Comme quoi, une bonne pub, ça vous booste des ventes !

Pour contextualiser, il s’agit du premier roman de Raphaëlle Giordano, qui a écrit plusieurs livres de développement personnel, comme la saga des Secrets du Dr. Coolzen. Elle nous propose donc un objet hybride, un roman à volonté feelgood, voire  thérapeutique. Et pour faire un « bon » roman feelgood, il nous faut une héroïne au bout du rouleau. Ça tombe bien, parce que justement, Camille, l’héroïne, est au trente-sixième dessous. Il n’y a plus grand-chose qui roule dans sa vie, son mariage s’est pépèrisé, sa vie professionnelle est terne, et surtout, elle vient de crever un pneu sous la pluie, en rase campagne, sans réseau. Et je dois admettre que moi aussi à sa place, je me serais mise en PLS sous ma banquette arrière, surtout que le temps que je retrouve où j’ai mis mon cric… Bref. Elle finit donc par atterrir chez Claude et sa femme, un charmant petit couple, qui lui prêtent leur téléphone, et aussi une épaule, puisque Camille est au bord du nervous breakdown. Heureusement pour elle, Claude est routinologue – il combat la routine, donc – et lui propose son aide. Après un bon moment de réflexion, Camille saute à pieds joints dans la thérapie anti-routine de Claude, et se lance à la reconquête de sa vie.

Et je m’aperçois que jusque-là, je le vends bien ce livre. Mais j’ai eu un gros problème lui : je n’arrive pas à le placer. Vendu comme de la chick-lit, il est bien trop proche du développement personnel pour que je puisse le traiter comme de la littérature. Alors oui, bien entendu, il y a des personnages, des dialogues, et du suspense (enfin, ça c’est si vous pensez qu’un livre écrit par une auteure de développement personnel peut se terminer mal, alors que sa raison d’être, c’est justement d’amener le lecteur vers un mieux).  Mais comme il s’agit d’un processus de lutte contre la monotonie quotidienne, avec des conseils applicables par le lecteur, tout est mis au service de ce propos, ce qui nuit à la littérarité. Par exemple, les dialogues semblent un peu trop artificiels à mon goût, et trahissent bien le cheminement psychologique attendu de la part du lecteur.

— Vous voyez, ce n’est pas que je suis malheureuse, mais je ne suis pas vraiment heureuse non plus… Et c’est affreux, cette sensation que le bonheur m’a filé entre les doigts ! Pourtant, je n’ai aucune envie d’aller voir un médecin ; il serait capable de me dire que je fais une dépression et de me gaver de médicaments ! Non, c’est juste cette espèce de morosité… Rien de grave, mais quand même… C’est comme si le cœur n’y était plus. Je ne sais plus si tout ça a un sens !

[…]

— « Nous avons autant besoin de raisons de vivre que de quoi vivre », affirmait l’Abbé Pierre. Alors, il ne faut pas dire que ça n’a pas d’importance. Ça en a énormément, au contraire ! Les maux de l’âme ne sont pas à prendre à la légère. À vous écouter parler, je crois même savoir de quoi vous souffrez…

Néanmoins, je dois reconnaître que j’ai été très agréablement surprise par les dernières pages, qui donnent un caractère inattendu au livre, et qui m’ont convaincue de lui dédier un article. S’il me fallait conclure, je dirais qu’il est plus intéressant de le considérer comme une autre approche du développement personnel, qu’en tant que roman, et que dans ce cas, c’est un joli « pourquoi pas ? ». Mais vous faites bien ce que vous voulez avec vos cheveux !

— Viny

Ta deuxième vie commence lorsque tu comprends que tu n’en as qu’une , Eyrolles, 2015

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