Il y a de ces voyages, dont on ne revient jamais…

Il y a de ces voyages, dont on ne revient jamais…

Drôle de brume enfumant ton esprit. Une brume épaisse, cotonneuse, que le plus éclairant des phares de la vie perce avec difficulté, momentanément. Tu avances tout de même, parce que le bateau est parti depuis longtemps, et que faire demi-tour est à présent impossible et même inenvisageable, les rochers dispersés au fil incertain de ton voyage barrent déjà ta route. Tu as réussi à les dépasser une fois, ne tente pas trop le destin à réitérer ton exploit. Tu te dois d’arriver au terme de ton laborieux voyage.

Tu vogues sans relâche. Lentement. Car le voyage est long, et le vent ne t’est que rarement favorable. Tu ne peux rien contre lui, c’est une puissance dépassant la capacité humaine. Tu peux juste t’accrocher de toutes les forces qu’il te reste encore, quand il tente de te faire chavirer, et espérer qu’il s’engouffre de nouveau dans tes voiles. Il peut faire ton bonheur, ton malheur. Lui a le choix, à la différence de toi.

Vent de la chance.

Vent de la vie.

Un souffle surprenant et infime, qui vient te redonner du rose aux joues parfois, mais qui t’est trop souvent arraché, aussi. Ce n’est pas faute de te battre, pourtant, petit prince, mais il y aura toujours plus fort que toi durant ce voyage à issue unique. Ne baisse pas les bras, tu es plus fort que ça. Plus fort que moi.

Un nouveau rocher droit devant. Un gros caillou dans la mer. Un caillot dans ton sang. Il y a des obstacles comme ça, dans la vie. Dans ta vie. Il faut le contourner, une nouvelle fois. Tirer très fort sur le gouvernail, le faire tourner aussi vite que dans ces films de pirates que tu connais par cœur.

Et tu le contournes encore. Ton bateau à toi continue son périple, infatigable, alors que tu croises si souvent des épaves échouées là, leurs débris traînant encore parfois à la surface de l’eau. Tu as de la peine pour eux, mais pas longtemps, tu ne peux pas. Tu ne dois pas t’arrêter.

Ne surtout pas te laisser détourner de ta route. Trop dangereux. Pour toi, pour eux. Vous êtes tous seuls à présent, sur vos bateaux fantômes, en attendant la rive qui te fera redécouvrir la terre. Comme si tu ne l’avais jamais connu, comme si tu n’avais connu que la mer.

L’électrocardiographe continue, sans se presser le moins du monde, de produire ces sons si singuliers, si réguliers. Tu es toujours en mer, petit prince, tu es toujours en vie. Pas encore arrivé, pas encore guéri. Le voyage est long, mais tu aperçois la lumière du phare parfois. La lumière de l’espoir, de temps en temps. Tu n’es plus très loin.

Les médecins t’emmènent, la mer sera houleuse, jusqu’à ton débarquement. Mais tu es fort, petit prince, plus fort que tout ça. Bien plus fort que moi.

Alors ne me laisse pas.


— Nev’

 

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